thumb_b_BB10135 (repris à un blog pour amûreux).

Le travail de thèse, nous répète-t-on, c'est lutter contre les idées reçues, renverser les préjugés sur des auteurs célèbres (si tant est qu'ils soient célèbres), repérer les jeux littéraires avec les topoï et avec les modèles anciens. Surtout quand vous travaillez sur "l'esthétique de la différence"...

Alors voilà : vous avez tous déjà vu ces "médailles d'amour", de ridicules petits coeurs, qui, à l'heure où 1/3 des mariages finissent par un divorce (et combien de ceux-là avec un petit coeur, non en bandoulière, mais autour du cou) m'ont toujours paru relever de la plus pure méthode coué.  Les signes arithmétiques invitent sans doute à compulser les statistiques... Ou peut-être sont-ils là pour nous rappeler les illusions de notre enfance, l'époque où l'on se limitait aux additions et soustractions, sans penser à la multiplication (des amants) et à la division (après les amants).

Eh bien, grâce à mon travail de chercheuse, deux révélations ce soir :

1) la citation est empruntée à une poétesse (si si !) : Rosemonde Gérard Rostand (femme d'Edmond, mère de Jean) qui, souvent, ne gardait que son nom de jeune fille. C'était, j'imagine, pour être appréciée pour ses seuls talents et ne pas abuser de la renommée de son mari, grand ciseleur de vers spirituels devant l'Eternel.  Ou peut-être qu'il lui interdisait d'emprunter son nom. Elle a pourtant fait connaître de grandes heures à la littérature française.  Jugez plutôt :

Bonne année à toutes les choses/ Au monde, à la mer, aux forêts / Bonne année à toutes les roses / Que l'hiver prépare en secret !

Bonne année à tous ceux qui s'aiment / Et qui m'entendent ici-bas... / Et bonne année quand même / A tous ceux qui ne s'aiment pas.

Bon, ce n'est pas un sonnet mais vous noterez quand même la subtile pointe qui clôt le poème. Chère Rosemonde, tu as bien fait de mettre d'énigmatiques points de suspension après ton sixième vers car, désormais, peu de gens t'entendent... Quoique tu te sois acquis une réputation immortelle avec ces deux vers :

Car, vois-tu, chaque jour je t'aime davantage / Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.

extrait du "Dernier rendez-vous".

Je vous épargne le poème, une terrifiante scène érotique entre deux vieillards, assez peu glamour, et, pour le coup, remplie de topoï. Mais, pour votre gouverne, et surtout pour le graphisme du site où j'ai pêché ça, c'est là.  Au cas où vous manqueriez d'inspiration pour la prochaine Saint-Valentin... (eh oui, ça relève malheureusement de mon boulot de muse).

2) à part ça, la thèse est une entreprise de démystification qui fait mentir tous les adages : en ce moment, moi je me sens chaque jour :

moins bien qu'hier et bien mieux que demain.