11 novembre 2009
Deux ou trois choses que je regrette de ma vie parisienne
- mes amis, mes amours (mais pas mes emm***).
- les macarons Dallhermurélot, parce que ceux de Matyasi ne sont pas au niveau (mais pas les thés Mariages, parce qu'il y a un revendeur à T***)
- les chocolats de la Maison du Chocolat (mais je me soigne aux florentins)
- la vie sans voiture (et en particulier des transports en commun pratiques le soir)
- mon coiffeur
- Monop' (parce que je n'arrive pas à trouver à T*** le 1848 noir aux noisettes, éclats de caramel et de crêpes dentelle)
- le bikram yoga (parce qu'avec tout ce que je viens de citer, j'en ai bien besoin...)
- l'animation perpétuelle & la foule dans les rues
- le cinéma à deux pas
- la piscine à deux pas (mais l'été, j'aurai la mer...)
- mon petit appartement (même si j'adore le grand de T***) et mon quartier
- le nom de ma station de métro
- la rue Daguerre (et ses coquilles Saint-Jacques, en particulier)
- la Sultane de Saba (mais il y a des potentialités encore inexplorées ici)
- certaines boutiques de frivolités (des vêtements rue Daguerre, des parfums chez Diptyque)
- la traversée sur les ponts de la Seine sous le soleil
- les brunchs
- les salons de thé cosy
- la rue Montorgueil
- les pique-nique sur les quais de Seine ou dans le jardin du Luxembourg
- la librairie La lettre écarlate et son libraire (et parfois, même, je regrette Gibert quand j'ai besoin de me procurer rapidement un livre).
- les balades sur l'île Saint-Louis
- les musées & les expos (parce qu'il faut bien faire mine d'être intéressée par la culture)
- la rue des Francs-Bourgeois
- la proximité des aéroports
- le sixième arrondissement (mais moins que le sud du quatorzième)
et sans doute mille autres choses que j'oublie maintenant ou dont je n'ai pas encore réalisé l'absence.
En revanche, je ne regrette pas
- la grisaille
- le RER & les temps de transport
- le prix des fruits & des légumes
- la foule à la piscine
- le prix des consommations
- les jours de grève des transports en commun
- l'humidité
- la misère côtoyant le luxe
- la Sorbonne
- la traversée les jours de vent et de pluie de l'esplanade de la BNF
- la mine renfrognée des gens le matin, en particulier dans le RER, et les odeurs de corps mal lavés
- les files d'attente
En attendant le message jumeau, ce que j'aime à T***, bonne journée fériée !
07 novembre 2009
Les bottes de mes rêves
des free lance croisées cette année dans un petit magasin de T***,
eu égard à leur tarif onirique, sinon délirant,
ne seront mes bottes que dans mes rêves.
06 novembre 2009
e-Rothisme




Un titre aguicheur pour évoquer l'un des plus grands romanciers actuels, Philip Roth, dont je viens de terminer le dernier roman publié en français chez Gallimard, Exit le fantôme (trad. M.-C. Pasquier).
Ce qui me séduit chez lui, c'est
> les regards sans fard qu'il jette sur l'Amérique, tout en refusant désormais de s'indigner, mais en refusant aussi, misanthropie oblige, toute complaisance envers ses contemporains.
> l'absence d'indulgence envers ses personnages, dont il nous laisse cependant entrevoir les failles, révélant les béances sur lesquelles ils ont essayé de bâtir les murs d'une existence, forcément décevante, forcément frustrante, en s'accrochant cependant à l'espoir qu'un jour, ça marchera.
> le monde des petits Juifs américains, leurs rêves d'ascension sociale et l'humour caustique qu'ils lui inspirent.
> la netteté de son trait quand il campe ses personnages, sans jamais qu'aucun d'entre eux, ni le moindre détail sur eux, ne soit inutile.
Mais ce que j'aime par-dessus tout, c'est le suivre de livre en livre - même si je reconnais ne pas l'avoir lu en entier -, c'est m'émerveiller en voyant comment, de roman en roman, il joue sans jamais lui céder avec la tentation autobiographique. Il y a le recours au double fictionnel, Nathan Zuckermann, que, par lapsus, j'appelle parfois "Lettermann", l'homme de lettres, l'être de papier, fantôme de son créateur. Il y a eu, surtout, dans le Complot contre l'Amérique, la trouvaille extraordinaire d'écrire son autobiographie dans un cadre historique fictionnel ; il imaginait en effet que Lindbergh avait été élu à la place de Roosevelt. C'est loin d'être son meilleur ouvrage, mais la démarche est passionnante : l'auteur-narrateur reste fixe, c'est le monde qui tourne autour de lui.
Enfin, il a décidé d'aborder le sujet de front dans ce dernier (en date) roman, Exit le fantôme, dont je vais essayer de résumer brièvement l'intrigue. Nathan Zuckermann, devenu, en vieillissant, l'ombre de lui-même, quitte sa retraite montagneuse pour se rendre à New York afin d'y subir une opération. Il tombe là-bas par hasard sur une petite annonce, rédigée par un couple d'écrivains new-yorkais, proposant un échange de maisons pour un an. Intéressé, il décide de les rencontrer et reste fasciné par la jeune femme (de 30 ans, on y revient toujours...), qui l'arrache à son ataraxie septuagénaire. Il rencontre par la même occasion un ami du couple, Richard Kliman, ancien amant de la jeune femme, prêt à tout pour rédiger la biographie de l'ancien maître de Zuckermann, un écrivain désormais oublié, que Kliman entend ramener à la lumière en révélant le "grand secret" qui fournirait aussi la clef de son oeuvre.
Comme à l'accoutumée, c'est dense (un peu moins néanmoins que d'autres), c'est noir, sans grand espoir, mais profond. On peut y lire, en filigrane, outre une allusion assez explicite au Nobel (qu'il doit avoir l'an prochain impérativement !!!), les interrogations de Philip Roth sur ce que deviendra sa propre oeuvre après sa mort : ses stratégies d'évitement de l'autobiographie n'empêcheront pas les biographes de se mettre au travail. Cependant, il leur aura sérieusement miné le terrain en mêlant constamment expérience, fiction, mise en abyme, intra- et intertextualité.
Une fois que je serais mort, qui pourrait protéger l'histoire de ma vie contre Richard Kliman ? Lonoff n'était-il pas le marchepied littéraire qui lui permettrait de m'atteindre ? Et quel serait mon *** (ici, j'évite un spoiler) ? En quoi aurais-je failli au rôle d'être humain modèle ? Ah, mon grand secret honteux à moi. Il y en aurait forcément un. Il y en aurait forcément plus d'un. C'est incroyable, quand on y pense, que tout ce qu'on a pu réussir, accomplir dans la vie, quelle qu'en soit la valeur, s'achève par le châtiment d'une inquisition menée par votre biographe. De l'homme qui maîtrisait les mots, de l'homme qui a passé sa vie à raconter des histoires, on retiendra, après sa mort - si on se souvient encore de lui-, une histoire sur son compte qui exposera sa vilenie cachée et la décrira avec une franchise, une clarté, une assurance sans faille, une attention consciencieuse aux exigences les plus subtiles de la morale, et une indéniable délectation.
Voilà, j'étais le suivant. Pourquoi m'avait-il fallu attendre jusqu'à maintenant pour m'en rendre compte ? Sauf que je le savais depuis le début.
Quelques extraits encore pour
> vous émerveiller
Elle exerçait une puissante force d'attraction sur moi, une force gravitationnelle sur le fantôme de mon désir. Cette femme était en moi avant même d'être apparue.
> vous faire méditer
- Pourquoi tenez-vous tant à rabaisser ce que je veux faire ? Pourquoi mettez-vous tant de hâte à déprécier ce dont vous n'avez pas la moindre idée ?
- Parce que cette façon d'aller fourrer son nez dans les ordures qui se baptise recherche est sans doute la forme la plus basse qui soit d'arnaque littéraire.
- Et cette façon de fourrer son nez partout qui se baptise fiction ?
- C'est moi que vous décrivez, maintenant ?
- Je décris la littérature. Elle aussi nourrit la curiosité. Elle dit que la vie telle qu'elle se montre n'est pas la vraie vie. Elle dit qu'il y a quelque chose au-delà de l'image qu'on cherche à donner de soi - disons une vérité de soi. Je ne fais rien d'autre que ce que vous faites, vous. Que ce que fait toute personne qui pense. La curiosité se nourrit de la vie.
> vous laisser mûrir un paradoxe
La dernière chose au monde que souhaitait Lonoff, c'est d'avoir un biographe. Il n'avait aucune envie qu'on parle de lui. Ou qu'on écrive sur lui. Il voulait rester dans l'anonymat, c'est un souhait inoffensif que la plupart des gens voient exaucé automatiquement, et c'estun désir qui n'est franchement pas difficile à respecter. Voyons, il y a plus de quarante ans qu'il est mort. Personne ne le lit. On ne sait presque rien de lui. Tout traitement biographique serait en grande partie imaginaire - en d'autres termes, un travestissement.
L'innovation, dans ce roman, consiste dans l'insertion de dialogues fantasmés entre "elle" et "lui", les hypostases de Jamie, la jeune femme, et de Nathan, l'écrivain septuagénaire. Ils sont comme l'embryon d'un roman imaginaire, reproduit dans le roman réel. Je ne suis pas vraiment convaincue par le résultat, mais, comme dans Le Complot, le dessein apparaît assez clairement et il convient de le rappeler sans cesse à ceux qui ont fait de la littérature leur métier, sous la forme de l'écriture, de la lecture, de l'enseignement ou de la recherche : notre vie imaginaire, comme le souligne également le dernier extrait, est parfois plus empreinte de vérité sur nos êtres, parce qu'elle est choisie librement, que la vie réelle, qui n'est que le fruit fortuit de la rencontre, parfois douloureuse, entre notre volonté ou nos désirs et les hasards ou les contraintes de la réalité.
D'autres l'avaient déjà dit, certes, mais dans un contexte croissant de peoplisation artistique, il n'est pas inutile d'y revenir pour conserver à la littérature et aux écrivains le charme mystérieux qui est le leur.
04 novembre 2009
Se faire appeler Mademoiselle
L'un des problèmes de la femme de trente ans actuelle (et non pas de celle de Balzac), et sans doute le moindre, je vous l'accorde, c'est l'angoissante question de la dénomination. Doit-on se faire appeler "Madame" ou "Mademoiselle" ? En faisant quelques recherches sur internet pour rédiger ce post, je suis tombée sur des forums ou des séries de femmes se révoltaient (oui, car on a les révoltes qu'on peut) contre le fait qu'on persistait à les appeler "Mademoiselle" avec un ventre de femme enceinte. Fausse révolte et vraie coquetterie, pour l'essentiel, qui va de pair avec la volonté universelle de jeunisme des sociétés occidentales.
Le problème essentiel, à mon avis, c'est un glissement dans l'emploi du mot "mademoiselle". Petit bilan.
L'usage traditionnel veut qu'on appelle "mademoiselle" une femme non mariée, et "madame" une femme mariée (sauf exceptions historiques, je vous l'accorde encore, puisque on appelait "mademoiselle" les actrices même mariées, ou la soeur du roi, etc.). Par conséquent, quand vous donnez du "mademoiselle" à une femme d'un certain âge, vous la désignez explicitement comme vieille fille. Il y en a qui y tiennent, elles sont surreprésentées au troisième étage de la Sorbonne, dans un UFR que je connais bien. J'y vois un mélange détonnant entre un certain attachement à la tradition et une revendication féministe qui tient à afficher qu'on a choisi la carrière plutôt que le mariage à un moment où les deux étaient difficilement conciliables. C'est difficile à croire, mais le féminisme, du moins sous une certaine forme, a bien atteint le troisième étage de la Sorbonne.
Naturellement, cet usage traditionnel est peu à peu rendu caduc par l'évolution actuelle de la société qui n'impose plus le mariage, ou le repousse. Par conséquent, un usage concurrent du titre s'est développé : désormais, on appelle "mademoiselle" une femme jeune ; c'est même devenu une arme de séduction, quand un homme vous glisse, la bouche charmeuse et l'oeil qui frise, "madame ? ou plutôt mademoiselle" ?
Mon post a l'air frivole et inutile (comme 99, 9% des posts de ce blog, et j'en suis fière) mais la question "Madame ou Mademoiselle ?" m'est posée régulièrement chez le médecin, chez EDF, à la SNCF, sur les formulaires divers et variés ; il arrive aussi que je rectifie spontanément et machinalement un "Mademoiselle" en "Madame". Généralement, on comprend ma rectification comme un cocorico de femme mariée, alors qu'il n'en est rien. Avec ma copine L*, on a juste décidé que, passé 30 ans, c'était ridicule de se faire appeler "Mademoiselle". Quand je dois m'expliquer, on me répond "mais vous avez pourtant l'air/la voix jeune". En fait, "Mademoiselle" est bien devenu une sorte de compliment.
Je n'ai évidemment pas de solution à proposer, à part de fonder, à côté du CLY, le GAME (Groupement pour l'Abolition du MademoisElle), ce qui serait un beau paradoxe puisque -game est la racine grecque qui signifie "mariage", ou le GRAD (Groupement pour le Rétablissement de l'Appellation Damoiseau, histoire d'approfondir la parité hommes/femmes). Mais je ne me lancerai pas, puisque en ce moment, il y a plein de petits indices qui témoignent de l'attachement à ce titre :
> l'album et la chanson éponyme de Berry Mademoiselle
> le titre "Mademoiselle" de Zaza Fournier
> le titre "Don't call me Madam" écrit par les Coming Soon pour le dernier album d'Olivia Ruiz Miss Météores
et enfin (j'en oublie certainement...)
> le film de Stéphane Brizé, Mademoiselle Chambon.


Film que j'ai adoré, et qui nous rappelle que "Mademoiselle" désigne avant tout les femmes seules mais aussi les institutrices de province, la vieille "mademoiselle" au chignon et à l'air pincé dont tout le monde se souvient, qui déversait sa raideur et son aigreur sur ses malheureux élèves. Celle-ci, jouée par Sandrine Kiberlain, est gentille, jeune & jolie, mais elle est aussi extrêmement seule. Le film raconte un rapprochement qui se voudrait improbable & un amour qui s'avère impossible. D'aucuns ont critiqué la caricature du couple formé par le maçon et l'ouvrière (Vincent Lindon & Aure Atika) peinant à comprendre ce qu'est un COD (moi je dis qu'il n'y a rien de honteux, mes élèves en hypokhâgne ont toujours du mal à comprendre...), Mais ce que j'ai aimé, moi, outre que Sandrine Kiberlain a les mêmes cheveux incoiffables et incoiffés que moi, ce sont les longs échanges tacites, les gestes et les regards expressifs, un amour que son impossibilité porte à l'incandescence, les déchirements, toujours silencieux, les audaces réfrénées, puis finalement osées, les valses-hésitations et les espoirs fous mais incrédules, chez les personnages et chez le spectateur. Car j'aime quand le spectateur se retrouve dans l'étrange position de souhaiter des personnages immoraux, de souhaiter les voir accomplir ce que lui ne ferait pas. En regardant Mademoiselle Chambon, on - en tout cas je - se prend à rêver que Lindon se comporte en mari indigne et en amant magnifique. Tout se passe comme si le cinéma offrait la catharsis dont chacun a besoin et réalisait les fantasmes romanesques que la plupart d'entre nous écarte dans la vie réelle, en faisant le choix de la normalité ; en laissant passer le train, exaltant mais angoissant, des possibles.
Toutefois ce film-là n'étanche pas cette soif : le chevalier, qui n'est pas solitaire, ne secourt pas la demoiselle en détresse. Tenant la promesse du titre, le chevalier reste avec sa détresse, et laisse s'en aller la demoiselle, désespérement solitaire.
03 novembre 2009
dérouillage
moi_en_mieux
envoyé par cm59. - Regardez plus de courts métrages.
06 août 2009
Kalliope est marraine...
et émue...
Elle souhaite la bienvenue à Kallio I (en espérant qu'il y en aura d'autres) et promet de ne pas jouer les fées Karabosse.
15 juillet 2009
Mystères de la science
Eh oui, c'est l'été ! Et comme souvent, l'été, Kalliope est plantée devant son ordinateur à essayer de rédiger des communications scientifiques... activité qui donne lieu à de grandes interrogations scientifiques que je me plais à vous soumettre.
1. En génétique, quelle était la probabilité que Kalliope hérite des cernes constants de son père et de la double paupière de sa mère qui lui fassent en permanence des yeux minuscules ?
2. En génétique, quelle était la probabilité que Kalliope hérite des cheveux châtain de son père et de la peau blanche de sa mère ?
3. En résumé, quelle était la probabilité que, par la grâce à ces fichues combinaisons génétiques, Kalliope ait toujours l'air fatigué ?
4. En psychologie, quelle était la probabilité que Kalliope ait l'idée saugrenue de choisir un métier durant lequel on a officiellement "deux mois de vacances l'été" et qu'au quinze juillet, elle se demande, saperlotte, quand va-t-elle trouver le temps de se reposer pendant ces deux mois au vu des sommes de travail qui l'attendent ?
5. En sociologie/psychologie/courtoisie, comment répondre aimablement aux gens qui lui assènent "tu as l'air fatigué, pourtant, ce ne sont pas les vacances qui vous manquent, à vous, les profs ! pfffff..."
22 juin 2009
Qui m'aime comprenne...
30 mai 2009
En juin, prends garde au rhume des foins...
Vous le croyez, vous, que j'ai osé travailler sur La Ferme des animaux pour essayer de convaincre mes élèves des vertus de l'éducation et de la maîtrise de la parole ?
Depuis quelques jours, Kalliope arbore des yeux rouges de lapin sous ecsta, ressort les kleenex et éternue toutes les trois phrases en se grattant le palais le reste du temps (oui, le palais démange, et c'est vachement compliqué à gratter, le palais). Le diagnostic est simple, nul besoin d'aller voir le médecin, c'est un simple rhume des foins. Du zirtec acheté en pharmacie et le problème est fini...
Sauf que, sauf que, l'allergie semble progresser et les allergènes se multiplier. Devant ses élèves, bêtes à manger du foin - j'en ai surpris deux la joue collée sur la table, soufflant sur leur feuille de devoir, ornée d'un 0 ou 0,5, pour la faire se déplacer, par exemple. Avec ma collègue de maths, nous avons parlé ce matin de la difficulté de faire cours, devant cette classe, sans jamais se retourner pour écrire au tableau ni baisser les yeux pour lire un texte... -, Kalliope, en taureau astrologique qui se respecte, a du foin aux cornes. En trouver quelques-uns qui sortent du lot, qui arrivent à ne pas céder à la tentation de s'amuser au milieu du cirque général, de ne pas se laisser emporter comme fétu de paille, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il paraît qu'il existe un proverbe Année de foin, année de rien, à propos des années pluvieuses, qui voient le foin croître tandis que les autres cultures sèchent sur place : je peux vous assurer que mes 4èmes sont particulièrement incultes et incultivables, à part pour le foin, qui prend merveilleusement chez eux. Devant ces allergènes adolescents, foin d'anti-histaminiques, il faut changer de stratégie.
Stratégie 1, évacuation/élimination de l'allergène en direction de la salle de décontamination appelée communément "de permanence" où les allergènes susnommés font un foin de tous les diables autour des surveillants - ou hommes de paille - largement dépassés. Disons que cela diminue un petit peu la crise - d'allergie - dans le cours.
Stratégie 2, échange des allergènes auprès de ceux qui sont encore résistants - ou désensibilisés. Un léger coup à la porte de communication qui sépare ma salle de celle de la - terrible - prof de maths, et nous échangeons un sixième contre un troisième. Ca permet au 3ème de (re)voir ses bases et j'ai d'ores et déjà proposé au sixième, devenu la mascotte de mes 3èmes, de le présenter au brevet vu le nombre de cours qu'il a suivis chez moi.
Stratégie 3, mise au vert, exposition au grand air, non du prof, malheureusement, mais de l'allergène pendant quelques jours (trois au maximum), afin de réduire l'exposition et d'éviter la désintégration.
Stratégie 4, demander un arrêt de travail, officiellement pour rhume des foins, officieusement pour allergie aux élèves. Je n'en suis pas encore là - quoique ce week-end, après une matinée particulièrement cauchemardesque, et devant l'étendue aride du mois de juin, où le blé reste en herbe et les élèves en jachère, tandis que je creuse, sans résultat aucun, mon sillon de laboureur obstiné, mais solitaire, je m'interroge -, mais mon principal qui en a, au propre comme au figuré, "plein le dos" a démarré ses "vacances" un mois plus tôt...
Marc Aryan - bete a manger du foin
envoyé par hameau. - Regardez la dernière sélection musicale.
25 mai 2009
Balzac et les petits élèves français...
... ou comment plonger les professeurs desdits élèves dans le désespoir...
Brèves de brevet blanc.
Kalliope expliK
Soit un sujet de brevet blanc extrait du merveilleux roman de Dai Sijie. Le chapeau du texte est le suivant :
Pendant la Révolution culturelle chinoise (1966-1976), le narrateur, un jeune étudiant de 17 ans, est envoyé à la campagne dans un village pour être rééduqué par le travail. Toutes les distractions sont interdites. Un jour, il peut se procurer illégalement et secrètement un roman de Balzac traduit en chinois, Ursule Mirouët; mais maintenant, il faut rendre le livre.
Le texte relate ensuite que le héros, fasciné par le somnambulisme d'Ursule, qui lui permet de se rendre -en rêve- n'importe où, décide de recopier sur sa pauvre veste en peau de mouton, car les adolescents ne possèdent que quelques feuilles de papiers à lettres pour écrire à leurs parents, des extraits du roman, avec le désir de devenir lui-même somnambule pour échapper à la vie difficile qu'il mène à la campagne et retrouver dans ses songes sa vie d'autrefois, bien plus aisée.
Pendant une heure et demie, les élèves ont planché sur des questions à propos du texte, les aidant à comprendre que le narrateur mène une vie extrêmement difficile, dans la plus grande pauvreté, qui crée en lui un désir de s'évader par la lecture et le somnambulisme.
L'heure et demie suivante a été consacrée à une rédaction, dont le sujet était le suivant :
Luo, le camarade de chambre du jeune héros, arrivant par hasard, le voit recopier le texte de Balzac et l'interroge sur les raisons qu'il peut avoir de le faire. Racontez de manière détaillée.
Bilan, entre 1 page et 1 page et demie, comportant généralement au minimum 2 fautes par ligne. Soit, c'est la norme de chaque rédaction, c'est couru d'avance. Mais, ce qui est plus désespérant, c'est
1. l'absence totale de répères historiques chez les mômes : la "révolution culturelle chinoise" qui figure normalement au programme d'histoire de 3ème, si je ne m'abuse, ressemble chez eux à une terra incognita. Je passe sur les "grands yeux verts" de certains Chinois (ok, je sais, ce n'est pas impossible, mais disons que ce n'est pas le cas le plus courant), les "Benoît", "Alexandre", "Nathan" et autres charmants prénoms typiquement chinois dont ils ont affublé le héros. Péchés véniels, je l'avoue, tout le monde n'a pas un prénom chinois à disposition. Plus grave, en revanche, me semblent les mentions de la "bibliothèque", de "l'internat très réputé", des "cours du lendemain" pour lesquels le héros serait censé recopier son texte sur une peau de mouton (sur une "feuille" pour les plus bouchés qui ne semblent décidément pas avoir lu le texte sur lequel ils ont travaillé pendant une heure et demie). Elles témoignent du fait qu'ils ignorent absolument les principes de la révolution culturelle. Dans le genre délire total, voici Luo invitant son camarade à délaisser sa tâche (évidemment pas dit comme ça) pour "jouer à la console, plutôt", ou qui, rendu méfiant par les révélations du héros, préfère "chercher sur internet"...
Mais, et c'est là qu'on touche le fond, le plus difficile pour eux ce fut de
2. trouver des raisons pour justifier qu'on recopie un livre. Alors là, c'est l'Everest Franchement, ils arrivent à trouver des arguments pour Luo, qui essaie de détourner le héros de son dessein, "il y a tellement de choses plus intéressantes à faire que de recopier un livre" (sic), - Kalliope n'a pas résisté à écrire dans la marge "comme travailler comme un damné la journée entière dans une rizière", même si elle sait qu'ils ne comprendront pas le mot "damné"-, ou encore "viens plutôt jouer avec nous dehors" - on s'amusait tellement pendant la révolution culturelle -, et autres billevesées. Mais alors, pour trouver des arguments au jeune héros, même après avoir lu le texte, dans lequel tout était à peu près écrit, ils restaient secs. Non, cela leur restait par trop incompréhensible et incroyable a. qu'on puisse aimer un livre b. qu'on puisse avoir envie de le recopier. Généralement, la seule justification qu'ils trouvaient, c'était qu'un "prof" (sic) avait donné cela comme travail/punition/concours au narrateur. Certains ont été un peu plus audacieux : ce livre-là n'était pas écrit "dans une langue du 18ème siècle" (forcément, puisque c'est du Balzac...), racontait des "aventures", comportait des "illustrations un peu magiques", était comme un "jeu virtuel", était écrit "en italique sur fond bleu avec de petits étoiles", et ô nirvana du livre, on se retrouvait presque magiquement directement de la "première à la centième page".
Forcément, Kalliope, n'a pu retenir sa verve Kaustique dans les marges. A celui qui écrivait que recopier faisait "réfléchir et penser", elle a dit que ce serait peut-être une bonne idée d'y adonner les élèves, alors.... A ceux qui s'étonnaient, par la bouche de Luo, qu'on puisse trouver plaisir à lire un livre, elle a recommandé d'essayer, parce que, comme ils écrivent, "il y a une première fois à tout dans la vie". Au passage, elle a aussi été saisie par la violence des dialogues entre les "camarades de chambre", reflet des relations adolescentes entre amis, dans lesquelles il n'y avait que sécheresse "je t'en pose des questions, à toi ?", mauvaise humeur "occupe-toi de tes affaires", et menaces "je vais aller te dénoncer".
Pfff, parfois, Kalliope se demande vraiment si ce qu'elle enseigne - la littérature française & le bonheur de la lecture - a encore une pertinence parmi les élèves de cette génération... Et elle préfère ne pas penser à l'intérêt d'enseigner encore le latin, parce que lorsqu'on se penche trop sur les gouffres, on a le vertige... Quoique il ait bien fallu, samedi matin, aller "vendre" l'option latin chez les petits sixièmes.
J'ai beau être professeur, incarner le savoir devant mes élèves, à ces questions-là, je n'ai pas de réponse. Juste du chagrin, en voyant que ce qui peut me procurer tant de bonheur, m'enrichir d'expériences humaines, m'illuminer, me consoler de mes chagrins, m'émerveiller, m'instruire, répondre à mes questions, me distraire & même, quoique rarement, m'ennuyer aussi, leur semble aujourd'hui à eux toujours ennuyeux & étranger, un pensum scolaire dont ils espèrent que l'âge adulte les débarrassera.
Je me console en pensant au Laboureur et ses enfants, fable apprise au cours élémentaire :
Travaillez, prenez de la peine:
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
"Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents:
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit; mais peu de courage
Vous le fera trouver: vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût:
Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. "
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout: si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.
Labourons, semons des centaines de champs : un trésor peut y être caché, il y en aura peut-être quelques-uns qui produiront des récoltes, elles ne seront pas toutes immenses, mais qui peut dire combien de graines donneront des fleurs ?
Après tout, j'ai toujours chéri Julien Sorel - même quand le "grand" hypocrite, celui-dont-on-ne-doit-prononcer-le-nom, tente de s'en emparer, pour faire oublier sa bévue sur La Princesse... :
Ma foi ! dit Julien, qui veut la fin veut les moyens ; si, au lieu d'être un atome, j'avais quelque pouvoir, je ferais pendre trois hommes pour sauver la vie à quatre.
Moi, qui suis un peu moins excessive, j'essaie d'en faire lire 22 pour en convertir un ou deux...





