Kalliope muse ailleurs

caprices, cabotinage, calembredaines et quelques cafouillages : les cahiers de Kalliope.

25 mai 2009

Balzac et les petits élèves français...

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... ou comment plonger les professeurs desdits élèves dans le désespoir...

Brèves de brevet blanc.

Kalliope expliK

Soit un sujet de brevet blanc extrait du merveilleux roman de Dai Sijie. Le chapeau du texte est le suivant :
Pendant la Révolution culturelle chinoise (1966-1976), le narrateur, un jeune étudiant de 17 ans, est envoyé à la campagne dans un village pour être rééduqué par le travail. Toutes les distractions sont interdites. Un jour, il peut se procurer illégalement et secrètement un roman de Balzac traduit en chinois, Ursule Mirouët; mais maintenant, il faut rendre le livre.

Le texte relate ensuite que le héros, fasciné par le somnambulisme d'Ursule, qui lui permet de se rendre -en rêve- n'importe où, décide de recopier sur sa pauvre veste en peau de mouton, car les adolescents ne possèdent que quelques feuilles de papiers à lettres pour écrire à leurs parents, des extraits du roman, avec le désir de devenir lui-même somnambule pour échapper à la vie difficile qu'il mène à la campagne et retrouver dans ses songes sa vie d'autrefois, bien plus aisée.

Pendant une heure et demie, les élèves ont planché sur des questions à propos du texte, les aidant à comprendre que le narrateur mène une vie extrêmement difficile, dans la plus grande pauvreté, qui crée en lui un désir de s'évader par la lecture et le somnambulisme.

L'heure et demie suivante a été consacrée à une rédaction, dont le sujet était le suivant :
Luo, le camarade de chambre du jeune héros, arrivant par hasard, le voit recopier le texte de Balzac et l'interroge sur les raisons qu'il peut avoir de le faire. Racontez de manière détaillée.

Bilan, entre 1 page et 1 page et demie, comportant généralement au minimum 2 fautes par ligne.  Soit, c'est la norme de chaque rédaction, c'est couru d'avance. Mais, ce qui est plus désespérant, c'est
1. l'absence totale de répères historiques chez les mômes : la "révolution culturelle chinoise" qui figure normalement au programme d'histoire de 3ème, si je ne m'abuse, ressemble chez eux à une terra incognita. Je passe sur les "grands yeux verts" de certains Chinois (ok, je sais, ce n'est pas impossible, mais disons que ce n'est pas le cas le plus courant), les "Benoît", "Alexandre", "Nathan" et autres charmants prénoms typiquement chinois dont ils ont affublé le héros. Péchés véniels, je l'avoue, tout le monde n'a pas un prénom chinois à disposition. Plus grave, en revanche, me semblent les mentions de la "bibliothèque", de "l'internat très réputé", des "cours du lendemain" pour lesquels le héros serait censé recopier son texte sur une peau de mouton (sur une "feuille" pour les plus bouchés qui ne semblent décidément pas avoir lu le texte sur lequel ils ont travaillé pendant une heure et demie). Elles témoignent du fait qu'ils ignorent absolument les principes de la révolution culturelle. Dans le genre délire total, voici Luo invitant son camarade à délaisser sa tâche (évidemment pas dit comme ça) pour "jouer à la console, plutôt", ou qui, rendu méfiant par les révélations du héros, préfère "chercher sur internet"...
Mais, et c'est là qu'on touche le fond, le plus difficile pour eux ce fut de
2. trouver des raisons pour justifier qu'on recopie un livre. Alors là, c'est l'Everest Franchement, ils arrivent à trouver des arguments pour Luo, qui essaie de détourner le héros de son dessein, "il y a tellement de choses plus intéressantes à faire que de recopier un livre" (sic), - Kalliope n'a pas résisté à écrire dans la marge "comme travailler comme un damné la journée entière dans une rizière", même si elle sait qu'ils ne comprendront pas le mot "damné"-, ou encore "viens plutôt jouer avec nous dehors" - on s'amusait tellement pendant la révolution culturelle -, et autres billevesées. Mais alors, pour trouver des arguments au jeune héros, même après avoir lu le texte, dans lequel tout était à peu près écrit, ils restaient secs.  Non, cela leur restait par trop incompréhensible et incroyable a. qu'on puisse aimer un livre b. qu'on puisse avoir envie de le recopier. Généralement, la seule justification qu'ils trouvaient, c'était qu'un "prof" (sic) avait donné cela comme travail/punition/concours au narrateur. Certains ont été un peu plus audacieux : ce livre-là n'était pas écrit "dans une langue du 18ème siècle" (forcément, puisque c'est du Balzac...), racontait des "aventures", comportait des "illustrations un peu magiques", était comme un "jeu virtuel", était écrit "en italique sur fond bleu avec de petits étoiles", et ô nirvana du livre, on se retrouvait presque magiquement directement de la "première à la centième page".
Forcément, Kalliope, n'a pu retenir sa verve Kaustique dans les marges. A celui qui écrivait que recopier faisait "réfléchir et penser", elle a dit que ce serait peut-être une bonne idée d'y adonner les élèves, alors.... A ceux qui s'étonnaient, par la bouche de Luo, qu'on puisse trouver plaisir à lire un livre, elle a recommandé d'essayer, parce que, comme ils écrivent, "il y a une première fois à tout dans la vie". Au passage, elle a aussi été saisie par la violence des dialogues entre les "camarades de chambre", reflet des relations adolescentes entre amis, dans lesquelles il n'y avait que sécheresse "je t'en pose des questions, à toi ?", mauvaise humeur "occupe-toi de tes affaires", et menaces "je vais aller te dénoncer".
Pfff, parfois, Kalliope se demande vraiment si ce qu'elle enseigne - la littérature française & le bonheur de la lecture - a encore une pertinence parmi les élèves de cette génération... Et elle préfère ne pas penser à l'intérêt d'enseigner encore le latin, parce que lorsqu'on se penche trop sur les gouffres, on a le vertige... Quoique il ait bien fallu, samedi matin, aller "vendre" l'option latin chez les petits sixièmes.

J'ai beau être professeur, incarner le savoir devant mes élèves, à ces questions-là, je n'ai pas de réponse. Juste du chagrin, en voyant que ce qui peut me procurer tant de bonheur, m'enrichir d'expériences humaines, m'illuminer, me consoler de mes chagrins, m'émerveiller, m'instruire, répondre à mes questions, me distraire & même, quoique rarement, m'ennuyer aussi, leur semble aujourd'hui à eux toujours ennuyeux & étranger, un pensum scolaire dont ils espèrent que l'âge adulte les débarrassera.

Je me console en pensant au Laboureur et ses enfants, fable apprise au cours élémentaire :

Travaillez, prenez de la peine:
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
"Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents:
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit; mais peu de courage
Vous le fera trouver: vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût:
Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse. "
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout: si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.

Labourons, semons des centaines de champs : un trésor peut y être caché, il y en aura peut-être quelques-uns qui produiront des récoltes, elles ne seront pas toutes immenses, mais qui peut dire combien de graines donneront des fleurs ?
Après tout, j'ai toujours chéri Julien Sorel - même quand le "grand" hypocrite, celui-dont-on-ne-doit-prononcer-le-nom, tente de s'en emparer, pour faire oublier sa bévue sur La Princesse... :

Ma foi ! dit Julien, qui veut la fin veut les moyens ; si, au lieu d'être un atome, j'avais quelque pouvoir, je ferais pendre trois hommes pour sauver la vie à quatre.

Moi, qui suis un peu moins excessive, j'essaie d'en faire lire 22 pour en convertir un ou deux...

scene_d_ecole_avec_un_precepteur_deux_eleves_lisant_et_un_troisieme_s_excusant_de_son_retard___Treves

    

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29 avril 2009

The loveboat...

loveboat_logo1 Un petit brin de nostalgie ? c'est ici

Tout passe, tout lasse, tout casse... y compris les longs silences, cher lecteur (s'il en reste un) fatigué du message "schizophrène" du mois de décembre... Pour célébrer mon retour sur ces pages, je t'offre un long texte... de moi, prononcé par moi à une certaine occasion, mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire. C'est fort prétentieux, mais c'est mon plaisir qui est juge, et si du reste tu n'y trouves toi-même nul plaisir, tu t'épargneras la peine de lire.
Pour la petite histoire, et pour couper court aux commentaires de ceux qui savent déjà, j'ai confondu les poètes Marbeuf et Rutebeuf... Lorsque l'on m'a signalé mon erreur, le rouge m'est monté aux joues, ce qui s'est avéré finalement fort en adéquation avec le sujet du jour.
En lisant cet aveu, tu riras, soit parce que les deux noms ne te disent rien du tout et que cela te semble une babiole, soit parce que tu trouveras la confusion véritablement impardonnable, selon que tu sois ou non féru de poésie. J'ai en tout cas corrigé mon erreur dans la version définitive avant de vous livrer cette réflexion "au fil de l'eau" (comme les postes sur Galaxie, car dorénavant le recrutement universitaire se pique lui aussi de poésie...) sur les moyens d'arraisonner des belles (ou des beaux) sans déraisonner.
Et à bientôt pour de nouvelles aventures...

                                    L’amour, une croisière au long cours, qui peut tourner court…

            Au XVIIe siècle, Pierre de Marbeuf intitula l’un de ses sonnets Et la mer et l’amour. Le poème, dans la tradition de la littérature baroque, consistait d’abord en un jeu virtuose sur la paronymie des termes amour, mer, amer, mais il cherchait aussi à souligner une relation nullement fortuite entre l’amour et la navigation, comme vous le découvrirez si vous acceptez d’embarquer pour Cythère.
       Marbeuf le rappelait au début du troisième tercet : La mère de l’amour eut la mer pour berceau. Aphrodite/Vénus, la déesse de la beauté et de l’amour, est issue de la mer… Les légendes ne sont pas toutes univoques, mais la Théogonie d’Hésiode révèle qu’Aphrodite naquit de l’écume de la mer quand les flots accueillirent en leur sein le sexe d’Ouranos, le ciel, tranché par son fils Chronos, le temps. De là le thème si cher à la peinture de Vénus sortant des eaux, et peut-être est-ce aussi pour cette raison que les villes d’eaux, et en particulier la ville de Baïes, en Campanie, sont aussi célèbres pour leurs naïades, aussi belles que peu farouches. Le poète romain Properce se désole ainsi du départ de sa bien-aimée Cynthie pour cette ville à la réputation sulfureuse : il ne peut imaginer qu’elle y aille réellement pour prendre les eaux. Sa véritable intention est forcément de séduire et d’être séduite par les Apollon qui la hantent…
       Vénus, donc, naît des flots et gagne rapidement une première île, Cythère, puis une seconde, Chypre. Les deux îles lui élèveront des sanctuaires et feront d’elle leur divinité tutélaire, offrant ainsi à la déesse deux surnoms, Cythérée et Cypris.
      Cette déesse, qui est donc avant tout une îlienne – peut-être est-ce pour cela aussi que les îles constituent aujourd’hui la destination phare des voyages de noces –, aime à se retirer dans ses domaines et à recevoir les honneurs de ses fidèles. Elle déteste par-dessus tout celles et ceux qui refusent de sacrifier à son culte, en particulier les Propétides qui niaient qu’elle fût une déesse et se prostituaient : elle les pétrifia. Au contraire, un homme comme Pygmalion, qui se livre tout entier à l’amour pour la statue qu’il a modelée de ses mains, parce qu’il ne trouve pas de femme à la hauteur de ses idéaux, est récompensé par la déesse qui insuffle vie et amour à la statue bien-aimée…
          Vénus encore, qui semble ne pas connaître d’enfance et naît dans le plein éclat de sa féminité, est mariée avec le fils de la déesse du mariage, Héphaïstos-Vulcain, ce qui est de bon augure. C’est le dieu du feu, ce qui est de meilleur augure encore. Mais l’eau et le feu ne font pas toujours bon ménage, et le dieu du feu semble avoir du mal à l’allumer dans le cœur de Vénus. La déesse est versatile, comme les cieux au bord de la mer, et s’enflamme facilement : c’est le dieu Mars qui a le plus régulièrement ses faveurs, mais elle les accorde également à Hermès-Mercure, dont elle a un enfant, Hermaphrodite, à la fois homme et femme, ou à Adonis, un beau chasseur grec, qui meurt sous les coups d’un sanglier. Selon la légende, du sang jailli des blessures que les ronces feront aux pieds de Vénus, courant pour le retrouver, naîtront les roses…
          Avec tant d’amants, Vénus a pourtant peu d’enfants ; le plus célèbre est Eros-Cupidon, « l’Amour » ou plutôt « le Désir », qui selon certains philosophes, n’était même pas son fils, mais son compagnon, né de l’union de l’abondance Poros et de la disette Penia.
          Pourtant, le plus célèbre des dieux amoureux, c’est Zeus, qui, pour jouir en paix de ses conquêtes, n’hésite pas à se métamorphoser : en pluie d’or pour Danaé, en cygne pour Léda, ou en taureau pour enlever Europe sur son dos et fendre les flots avec elle ; il faut au moins une mer entière entre le continent de son père,  l’Afrique, et celui qui prend son nom, pour que le dieu jouisse tranquillement de son butin.
     La mer sépare Agénor et Europe, le père et sa fille ravie, mais elle sépare aussi les amoureux, comme Héro et Léandre, qui vivent tous deux de chaque côté du détroit des Dardanelles. Léandre n’hésite pas à traverser chaque nuit à la nage le bras de mer, en suivant le fanal tenu par Héro. Ce sont ses « feux », dans le double sens du terme, qui le guident à travers les flots jusqu’au jour, ou plutôt à la nuit, où la mer l’engloutira. Folle de douleur, Héro se suicide en se jetant d’une tour. L'onde sépare aussi les héroïnes de la mythologie des héros partis accomplir leurs exploits et qui peu à peu les oublient : seuls des échos lointains leur en parviennent et parfois l’amère nouvelle qu’une autre femme a pris leur place. Il y aussi ces aventuriers plus humains qui partent simplement de longs mois pour conquérir, à leurs risques et périls, sur les plaines liquides, la gloire et la richesse qui les rendront dignes de leur bien-aimée…
          Mais avant d’en venir à ce point de l’histoire où les promesses de fidélité – destinées à être souvent bafouées – sont échangées entre amants sur le point de se séparer, de longs préparatifs sont nécessaires.
           Pour reprendre une métaphore chère à Ovide, l’esquif amoureux, avant de se lancer en haute mer, commencera par s’ébattre dans un petit lac. Il est nécessaire de s’amariner en eau douce, auprès des prostituées et des esclaves, femmes et hommes, qui, eux, sont forcés de consentir à la volonté de leur maître, avant d’affronter les quarantièmes rugissants, les jeunes femmes ou les jeunes hommes libres et de bonne famille…
     Pour le matelot, l’aspirant ou le vieux loup de mer, il s’agit d’élaborer un plan de bataille pour accoster ces jeunes gens, croisés dans la rue, au cirque, au théâtre ou même dans un temple. Plus de préparatifs encore, ou d’espèces sonnantes et trébuchantes, sont nécessaires quand on souhaite s’attaquer à plus forte partie, les courtisanes de haut vol en bel équipage. Il arrive que le jeune homme, rendu muet par ses désirs, délègue un esclave roublard et habile à bonimenter, chargé des travaux d’approche. Aborder l’une de ces fières beautés étourdiment et sans discours préparé, ou même sans un petit présent bien choisi dans sa manche, tenter de les embrasser sans avoir acquis une certaine maîtrise dans le domaine, revient à se saborder. Le retour de flamme ne sera pas celui espéré. Sauf si le jeune homme, emporté par l’ivresse, a opté pour un abordage brutal, en pirate de l’amour, et a décidé de violer l’objet de ses désirs, ce qui arrive assez couramment dans les pièces de théâtre.
       En attendant que le poisson morde et consente à se laisser approcher, il faut louvoyer, éviter les pièges qu’il ou elle tend, relever les épreuves, et même accepter parfois de tomber de Charybde en Scylla : cette dernière, justement, était une amoureuse, qui n’hésita pas à trahir son père pour séduire son amant, au grand dam de ce dernier. Il préféra l’éconduire, provoquant sa métamorphose en monstre marin, ceinte de chiens aboyant furieusement, comme si se révélait derrière la jeune fille en fleur, la matrone acariâtre. Faire sa cour, c’est toute une odyssée, une croisière au long cours qui peut tourner court, car elle exige que le marin accepte d’essuyer tempêtes colériques, caprices de femme gâtée et refus injustifiés.
          Si la jeune fille ou l’éphèbe ne se laisse pas attendrir et repousse les avances de son prétendant, nul besoin de se répandre en imprécations ou de se jeter dans les flots de désespoir. En bon pêcheur, mieux vaut lancer ses lignes ailleurs : Rome, selon Ovide, est un formidable vivier de beautés venues des quatre coins du monde, et réunies dans cette capitale cosmopolite.
      Mais le pêcheur peut devenir proie : certaines sont expertes à capturer les hommes dans leurs filets en assurant leur prise jusqu’à les noyer dans leurs charmes. Le jeune Hylas, favori d’Hercule, l’apprend à ses dépens : séduit par les reflets ondoyants de la source à laquelle il voulait puiser de l’eau, il se pencha tant qu’il finit par être saisi par les nymphes de la source, ces femmes tentatrices qui le ravirent à son amant héroïque. La rivalité entre les hommes et les femmes autour des jeunes éphèbes était plutôt rude dans l’Antiquité. Mieux vaut peut-être néanmoins le sort d’Hylas, ravi par des naïades, que celui de Narcisse, qui, en se mirant dans les eaux d’une source, s’éprit de lui-même, au point de se consumer d’amour et d’en périr, le corps asséché par la passion.
          Admettons néanmoins que le jeune homme ait réussi à susciter une flamme dans le cœur de sa bien-aimée par l’une de ses déclarations bien tournées, par mille petits présents, par le spectacle récurrent d’une mine pâlie par le mal d’amour, ou encore par l’un de ces baisers passionnés, suavium, baiser d’amour.
     La terre est en vue, enfin : cette Ithaque tant désirée par le marinier presque épuisé, c’est le lit du ou de la bien-aimé ; l’assaut final doit être bien mené pour enlever la citadelle où le corps et le cœur de l’aimée se tiennent en embuscade. Là encore, il convient de ne pas flancher, ni même mollir, car il ne fait pas bon rester encalminé. Point de mer étale, il faut le tourbillon, la tempête, les orages de la passion pour éviter le naufrage des sentiments dans le flux des jours et des nuits. Cela, c’est bon pour les couples mariés, qui embarquent ensemble pour une longue durée, mais qui, cependant,’s'autorisent parfois des incursions dans quelques bras illégitimes, abandonnant le lit du long fleuve tranquille de l’existence. Ainsi, à ceux qui s’étonnaient que ses enfants ressemblent tant à leur père, Agrippa, la fille de l’empereur Auguste, Julie, connue pour ses libertinages, répondit un jour :

             « je ne prends de passager que quand la cale du navire est pleine ! »

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20 février 2008

tout le monde n'a pas la chance d'être asservi par "le plaisir de la connaissance"

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... ni d'avoir à son tableau clinique des études de lettres classiques, des parents libraires, des amis éditeurs, des amis auteurs, une anthologie aux Belles Lettres en préparation...

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et 6 exemplaires des élégies d'exil d'Ovide,

publiés entre 1793 et 2003.

Dorénavant, les écoliers apprendront en primaire l'histoire de l'art :  ça sert pour ébaubir les mannequins devant les Pyramides. Ils n'apprendront plus au collège les langues anciennes : on n'en financera plus l'étude. Ils ne liront plus la Princesse de Clèves au lycée : l'esthétique du désir inassouvi et des frustrations délicieuses sera hors-la-loi dans l'empire du matérialisme. Si l'on ne pourra pas empêcher certains d'éprouver pareils sentiments, il sera interdit de les évoquer.

Et pourtant, j'ai séduit mes étudiants aujourd'hui en leur parlant des dates coquins sur les gradins du cirque et de la chasse à la jeune fille dans les théâtres de Rome. Ils ont ri aux éclats en découvrant Plaute, si "moderne".

On a la libido qu'on peut. Certaines aiment les grands auteurs, d'autres les petits menteurs. Il semblerait pourtant juste de laisser chacun libre de s'adonner à ses mauvais penchants.

Scilicet est cupidus studiorum quisque suorum

Tempus et adsueta ponere in arte iuuat.

"C’est que chacun désire s’adonner à sa passion et consacre avec plaisir son temps à son art familier".

Ovide, Pontiques, I, 5, 35-36.

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28 novembre 2007

technologie de pointe : quand les réseaux deviennent des rêts.

Protee_bis F. Girardon et P. A. Slodtz, Protée et Aristée, jardins de Versailles.

En possédant un blog, je pourrais avoir l'impression d'être une fille super branchée, sauf que surgissent sans cesse de nouveaux outils, de nouveaux buzz qui se glissent dans les conversations, qu'on recroise dans tous les dîners et je finis toujours par lancer une requête google pour en savoir un peu plus sur netvibes, technorati ou facebook. La plupart du temps, je ne comprends d'ailleurs pas grand-chose à l'article de wikipedia consacré au sujet.

Je vais pourtant m'arrêter un peu plus longtemps sur le dernier de la liste, qui a excité ma curiosité. "Facebook", la première fois que j'en ai entendu parler, c'est dans la bouche de L. Tiens, m'a-t-elle dit, X [un ami à moi] m'a demandé s'il pouvait être mon ami sur facebook. J'ai accepté bien sûr. Passés la désagréable surprise et le frisson bien connu qui me parcourt à chaque fois que je vois l'une de mes anciennes connaissances me marcher tranquillement dessus pour devenir l'ami d'un de mes amis tout en me dédaignant (vous avez compris ? non, pas grave, une névrose d'enfance), j'ai demandé ce qu'était facebook. J'ai gardé pour moi la moquerie que m'inspirait la formule de cour d'école veux-tu être mon ami ? Réponse de l'intéressée : c'est un outil pour se constituer des réseaux.

Ce fut la première occurrence du terme dans une conversation, et, depuis, je l'entends dans toutes les bouches. Deux ou trois réflexions que le concept m'inspire.

> Quel intérêt, si tout le monde y est ?

> Alors que je passe mes journées à éviter de rencontrer certaines personnes de mon carnet d'adresses, ai-je envie de les rencontrer sur le net et de les inscrire officiellement comme amis sous mon nom ?

> Ai-je envie, au demeurant, d'exhiber mes amis (les vrais) au vu de tout le monde, comme des trophées ?

Si l'on ajoute à ces inconvénients mon esprit de contradiction inné, il est inévitable que, pour l'instant, je reporte sine die ma participation à la grande facebookisation. En plus, je ne goûte guère cette nouvelle idéologie des réseaux qui soumet toute relation à l'impératif d'utilité.

Tout cela pour en revenir au début de ce message. Finalement, pourquoi écrire un blog ? J'ai essayé d'y réfléchir un peu ces derniers temps en écoutant les réactions des gens avec qui j'en discutais ou à qui j'apprenais que j'en possédais un. Ce qui m'amusait, c'est que la traduction initiale de blog par journal intime a beaucoup marqué les consciences. Tous commencent par m'imaginer en train d'écrire quotidiennement des messages du genre :

"Cher Journal,

Aujourd'hui, en allant à la fac, j'ai revu le beau garçon qui fait cours dans la salle à côté de la mienne. Nos regards se sont croisés un peu plus longtemps que d'habitude, sa main a lâché la poignée tandis qu'il me regardait. Je me suis sentie rougir, je n'ai pu soutenir le feu de ses yeux bleus et j'ai baissé les miens. A ce moment-là, j'ai été distraite par un de mes étudiants qui voulait me poser des questions sur le cours précédent. Je regrette tant d'être si timide... Si seulement, lui, il avait le courage de m'aborder... Croyez-vous que c'est moi qui devrais faire le premier pas ? En même temps, j'ai peur de passer pour ce que je ne suis pas. Donnez-moi votre avis, lâchez vos coms !"

ou, au contraire, une version plus leste de mes nuits enfiévrées par l'amour... de la science.

Bref, ni l'un ni l'autre. Je dois avouer que ce que j'aime dans le blog c'est ce qui sonne déjà dans son nom, qui me rappelle le gloubiboulga enfantin : je suis attachée à son caractère protéiforme. Le blog, c'est comme de la pâte à modeler, on en fait absolument ce qu'on veut.

L'on m'a raconté un jour qu'un doctorant s'était lancé dans une thèse sur le blog et qu'il devenait fou car son objet se multipliait à l'infini, échappant à toute tentative de le borner, spécifier, classifier dans une liste de cases finie. Comme le dieu Protée, jamais on ne peut réussir à l'attraper.

Même si l'on finit toujours par se trouver des blogs frères (même des twincore), même si la variété n'est peut-être pas infinie, il reste que l'objet laisse à chacun un large espace de liberté et qu'il peut être conçu comme un lieu d'expérimentations intéressant. En tout cas, il me séduit, me captive et parfois, me dévore des heures entières. J'aime me laisser dériver de blog en blog, en inclure certains dans mes favoris, leur rendre ensuite une visite quotidienne (voire bi-, triquotidienne et plus si affinités et pas envie de travailler) me laissant entraîner peu à peu dans leur univers ou, au contraire, attraper au vol des fragments d'existence inconnue, des paroles envoyées au vent des réseaux justement, laissant - rarement je dois le reconnaître - des traces de mon passage et sans plus jamais y retourner.

Reste la question de l'intimité, que chacun résoud pour lui-même, en essayant de dessiner un destinataire invisible. En ce qui me concerne, je ne voulais ni une tribune, ni un journal intime, mais quelque chose d'intermédiaire, où je puisse tenter de suivre un sentier étroit entre une parole purement privée et des réflexions sur le monde qui nous est commun. J'essaie de flâner toujours autour de ce lieu étroit où s'articulent l'intime et le général, où l'expérience singulière peut intéresser un certain nombre de gens. Je dis un certain nombre car je suis bien consciente que mon expérience reste ancrée dans un mode de vie très particulier, qui doit paraître étranger/superficiel/ridicule à nombre de gens qui arrivent ici au hasard de google.

Mais j'ai aussi l'audace de croire que je ne suis pas lue que par les amis que je retrouverais sur facebook, mais aussi par des gens que je ne connais pas, et qui trouvent quelque intérêt à cela. Je les devine au hasard de leurs passages réguliers, dans mes statistiques, même s'ils ne laissent aucune parole. D'ailleurs, par les blogs, j'ai  déjà rencontré, virtuellement ou réellement, des gens qui me sont chers ou resserré des liens que la distance avait distendus : c'est sans doute là l'essentiel, en fin de compte, beaucoup plus que le quart d'heure de célébrité warholien ou la construction stratégique de réseaux fastidieux.

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01 octobre 2007

Parée.

J'ai les encouragements de mon coiffeur, qui fourbit ses ciseaux en attendant mon retour sur la scène et, sans doute, encore quelques kilos à perdre (zeugma, comme dirait JSA !). Il me reste quelques allumettes dans la boîte pour tenir ouvertes mes paupières. Quelques yaourts et des légumes frais dans le frigo, quelques centimètres carrés dans l'appartement encore non jonchés de papier et, surtout, des kilomètres de pages à relire. Certains tapissent leur lit de billets de banque, je pourrais recouvrir le mien de feuilles imprimées et striées de rouge par mes dévoués directeurs-correcteurs. Peut-être même m'en faire un matelas.

J'éprouve un sentiment de plaisir intense, en jetant chaque feuillet sur le carrelage, après en avoir extrait les corrections. Ensuite, je déprime en regardant le reste de la liasse et les retours de mes dévoués amis-correcteurs qui pointent les nouvelles coquilles dont j'ai émaillé mes nouvelles pages. Je passe ma journée au milieu des mythes antiques et je ne peux m'empêcher de m'imaginer en moderne Danaïde.

Je repasse par les "oufs" de soulagement que j'avais écrits sur ces feuilles au terme de certaines parties et par les "beurk" glissés à côté des passages à revoir. Ceux-là, ne surtout pas oublier de les retirer. Naturellement, je n'ai pas plus d'idée à la fin qu'au début sur ces passages. Mes feuilles sont un peu moins chargées de surlignages jaunes, mais il en reste, incontestablement.

J'ai l'impression de me répéter indéfiniment, et je ne suis pas sûre de pouvoir jamais cesser de sursauter en entendant certains mots dans d'anodines conversations.

Bref, je suis parée pour la dernière ligne droite.

PS : ah, et puis aujourd'hui, j'ai fait ma rentrée : je l'oublierais presque avec tout ça. J'ai découvert mes agrégatifs : une grosse quarantaine de visages méfiants, par lesquels je me suis sentie scrutée et jaugée, pendant que j'essayais à toute force de retenir ma jupe sur mes hanches et que je tirais sur mon pull (à ce stade-là, ce n'est plus de la taille basse). De futurs profs, mais de grands timides : j'ai lutté comme une damnée pour les faire participer. Après trois généreuses volontaires, j'en suis revenue à la méthode traditionnelle, qu'ils emploieront eux aussi l'an prochain. Au hasard dans la liste !

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04 septembre 2007

Mauvaise fille mais bonne copine ?

gaet

Un cadeau de mon twincore pour continuer sur la lignée des jolies médailles. J'en profite pour lui souhaiter à elle, à Soph', à Guillaume et aux autres une bonne rentrée...

Il y a un an, j'ai eu un mal de dents inexplicable, au point qu'au bout de 4 jours, j'ai failli atterrir chez le dentiste en urgence. Quand j'ai compris que je dormais en serrant les mâchoires comme une folle tant je redoutais ma rentrée et mes collégiens, j'ai attendu que ça passe tout seul. L'expérience fut brève (un mois) et me donna l'occasion de faire deux rentrées puisqu'un mois plus tard, j'étais recrutée pour un an à D*** et détachée du secondaire. Mais j'ai eu le temps d'avoir quelques aperçus instructifs dans un collège relativement calme.

> Le temps fort de la prérentrée où les profs se jettent sur leur emploi du temps comme les gamins à qui ils diront de se calmer le lendemain (le seul truc intéressant de la réunion avec les Tucs).

> les gamins en question...

de la 6ème hyper chou "j'aime bien votre nouvelle coiffure, Madame" au 3ème boutonneux en pleine crise hormonale qui vous adresse des sourires en coin et vous siffle quand vous retirez votre pull (et en col roulé quand il fait 30°C, c'est chaud ! mais les profs n'auront pas à affronter ce genre d'inconvénients cette année),

Du moment de grâce où, alors que vous leur lisez un texte, ils attendent, même après la sonnerie de la récréation, pour entendre la fin, captivés... au moment de désespoir où vous avez la folie de décréter un travail de groupes : 2 qui bossent, ceux sur lesquels vous êtes penchés, 4 qui bêlent, 5 qui dorment, 6 qui chantent, 7 qui discutent.

Du casse-tête du plan de classe : "tu mets dans les coins les meneurs", oui, mais malheureusement, la salle est carrée et non dodécagonale... à l'émotion provoquée par la récitation d'un poème du bien-aimé Claude Roy "avec le ton"...

Voilà, ce qui m'en reste : je l'ai reçue pour Noël et punaisée sur ma porte.IMG_0004

C'était un collège de banlieue parisienne très proche et relativement tranquille.

Cette année, c'était plus loin, établissement prévention violence et "ambition réussite" ...

On croit que l'intitulé, c'est pour les élèves, mais en fait, c'est pour les profs : "ambition de réussir à faire cours en les gardant assis".

Alors, je profite de mon répit en attendant la suite.

Bonne rentrée donc aux autres, la mienne sera pour dans un mois, quand vous verrez avec délectation approcher les premières petites vacances.

En attendant, voici une pépite, un extrait de notre merveilleux ministre de l'Education... Celui qui veut "augmenter le pouvoir d'achat des profs" (ouais !) en leur accordant gratuitement Mesdames et Messieurs, "un passe pour se rendre sans frais dans les bibliothèques et musées de France" !

Repris à la revue de presse de Clotilde Dumetz sur France Inter le 3/09 :

"Ils font le métier le plus utile du monde... Je sais bien que l'immense majorité d'entre eux ne votent pas pour moi, et font la gueule quand ils me voient... N'empêche : je les aime... S'ils ne sont pas là, tout explose... Alors soyons tous derrière eux"... (Le Parisien Aujourd'hui en France).

Je m'interroge juste sur le sens du "derrière eux"  : pour nous supporter ou nous surveiller ? A 11000 de moins, c'est certain que c'est plus facile...

Pour conclure, je reprendrai à Pénélope les fatals Picards La sécurité de l'emploi : merveilleuse trouvaille, Pénélope, je me le passe en boucle !

et vous renvoie à Soph' des "Toujours ouvrables" , prof et analysée (oui, je sais, c'est synonyme), l'un des blogs BD les plus drôles du net (allez lire son interview pendant que vous y êtes).

Posté par Kalliope à 15:41 - Muse inspirée - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 août 2007

La révélation du cercle

untitled

Ceci n'est pas le titre du prochain feuilleton de l'été sur TF1 ou France 2.

Non, c'est tout simplement la grande découverte que je viens de faire au bout de 4 ans de recherches et de cogitations intenses.

Voilà :

Pour soutenir une thèse, il vaut mieux l'écrire.

Et pour écrire une thèse, il vaut mieux avoir une thèse à soutenir.

(et aussi, plus y'a de fromage, plus y'a de trous et plus y'a de trous, moins y'a de fromage, donc plus y'a de fromage, moins y'a de fromage, mais celle-là n'est pas de moi.

Un illustre inconnu, au fond des âges,  a eu cette soudaine illumination !)

             K*.

Je crois qu'il va falloir que je me ressource au contact des vraies valeurs et en particulier du lien social. Hey, le club Floraline & cogitation, quand Chouan arrive-t-il ?

Posté par Kalliope à 20:50 - Muse inspirée - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 août 2007

Lieux d'interdits

brigitte_fossey

A la BNF (Bibliothèque où il Ne Faut),

> faut pas parler.

> faut pas téléphoner.

> faut pas manger sur les marches ensoleillées mais dans les cafés sombres.

> faut pas apporter de la nourriture dans les salles.

> faut pas transporter de la nourriture dans les mallettes transparentes gracieusement mises à notre disposition.

> faut pas garder nos sacs mais utiliser les mallettes transparentes gracieusement mises à notre disposition.

> faut pas poser les mallettes transparentes (gracieusement etc. etc. etc.) sur les lampes (et d'ailleurs, pour la première fois aujourd'hui, on m'a volé la mienne, posée sur la lampe... Il doit y avoir des fétichistes de la mallette transparente.)

> faut pas poser une bouteille d'eau sur sa table.

> faut pas utiliser des stylos dans la réserve.

> faut pas aller d'un côté à l'autre avec un livre sans être accompagné par un bibliothécaire.

> faut pas apporter ses livres pour une mise de côté au dernier moment.

> et faut pas s'étonner que les chercheurs finissent par devenir aigris et colériques !

PS : que la personne qui est arrivée sur ce blog en tapant sur google "thésard en détresse" sache que je compatis. Oui, oui, moi aussi j'essaie de finir...

Bises,

                 K*.

Posté par Kalliope à 22:57 - Muse inspirée - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juillet 2007

La thèse est une vaste pataugeoire...

DSCN0393... où l'on cherche, inlassablement...

Ce post m'a été inspiré par la défection de ma copine-de-piscine, qui préfère consacrer les minutes de son temps de cerveau disponible à rédiger sa thèse. Je lui ai donc répondu (avec cet humour intelligent qui me caractérise et auquel vous commencez à être accoutumés) que moi-même, après avoir bien pataugé sur ma thèse, j'irai me prélasser dans les flots bleus de ma piscine de quartier.

En y réfléchissant mieux, je me suis émerveillée des similitudes entre la thèse et les séances de macération dans le petit bain de notre enfance. Nous en sortions les bouts des doigts tout fripés, bronzés et heureux : de la thèse, on en sort aussi tout fripé (par la vieillesse), blanc mais heureux quand même d'en avoir fini (du moins, je l'imagine !).

A ce point-là de mon post, je m'interromps pour présenter par avance mes excuses aux lecteurs de ce blog qui ne sont pas thésards/ne vivent pas avec un(e) thésard(e) (et il y en a, si incroyable que cela puisse paraître tant l'espèce se multiplie !) et qui, ces derniers temps, ne lisent sur ce blog que des posts consacrés à la dure existence du doctorant moyen.

Amis lecteurs, il faut que vous le sachiez : le thésard est obsessionnel et égocentrique. Quiconque passant au moins 3 ans de sa vie à se débattre seul sur le même sujet ne peut être qu'obsessionnel et égocentrique, en attendant de sombrer dans le solipsisme... ou la folie, c'est selon.

Je reprends donc le fil de ma démonstration : la thèse est une vaste pataugeoire. Oui, comme dans le petit bassin de votre enfance, pour affronter la thèse et le flot traître des idées (même s'il ne mesure que 20 cm), il faut des bouées. Quand bien même on a pied, on ne sait jamais... Et ces bouées, ce sont les illustres ouvrages de ceux qui sont passés avant vous, les courageux pionniers de la critique. Autour du ventre, la bouée canard : un ouvrage publié par les Presses Universitaires de la Duke University (c'est la Saint Donald aujourd'hui, alors bonne fête au petit canard de mon enfance) ou édité par n'importe quel connard qui a été assez gonflant pour pondre avant vous 600 pages sur la question. Sur les bras, des brassards... pour brasser : de l'eau, de l'air, des mots et même parfois (rarement) des idées !

Ainsi équipé, vous êtes paré, mais, comme dans la pataugeoire, il y a au moins 100 personnes qui grouillent autour de vous. C'est immanquable, vous finissez par leur marcher sur les pieds : soit que vous croyez avoir eu une idée géniale par vous-même avant de découvrir, que, malencontreusement, ils l'ont déjà eue (eh oui, ce sont parfois les seules découvertes de la thèse), soit que vous empiétiez sur le sujet sur lequel grenouillent déjà d'autres thésards. Des excuses publiques, affichées en pied de page, dans les notes, sont alors exigées. Il y en a même, paraît-il, qui vont jusqu'à marquer leur territoire dans l'univers du petit bassin par des moyens illicites, histoire de réchauffer l'ambiance...

Comme autrefois dans le petit bain, en thèse, vous ne restez pas longtemps immergé : vous ne cessez d'aller et venir, de plonger et de ressortir, de cours à préparer en copies à corriger, avec un café copains pour égayer tout ça. Ce n'est que de temps en temps, presque en passant, que vous consacrez quelques instants de réflexion à votre sujet. D'ailleurs, quand vous y êtes, vous passez votre temps à sautraler, crier, gesticuler pour attirer l'attention de vos parents/amis qui vous surveillent distraitement depuis le bord. Agacés, ils finissent toujours par vous ordonner de vous calmer "sinon, hein, tu sors !".

Et pourtant, vous le savez bien : le jour où les "Grands" quitteront le bord où, pour le moment, ils vous regardent, goguenards, oui, ce jour-là, où ils décideront de rentrer dans la pataugeoire... ce sera pour vous couler. Vous en sortirez suffoquant, frissonnant, claquant des dents non de froid mais d'angoisse et d'humiliation, les larmes aux yeux, en espérant que maman, papa ou toute autre personne compatissante vous offrira le réconfort d'une serviette de bain chauffée au soleil de l'affection.

Mais même à ce moment-là, vous continuerez à loucher désespérément sur le grand bain : si tentant, si proche et... si loin encore !

Posté par Kalliope à 21:20 - Muse inspirée - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 juillet 2007

Les damnés de la BNF (2)

Après réflexion, je tiens à compléter mon post précédent.

Ces derniers jours m'ont laissé penser que l'acronyme BNF cachait peut-être d'autres significations. Comme mes propositions ont été approuvées par les autres habitués du lieu, je les soumets à l'ensemble des lecteurs du blog :

1) Bagne pour Nouveaux Forçats.

2) Boulets pour Nous les Femmes.

Les 2 sont liés... parce qu'au bagne, on porte des boulets...

Bref, c'est la fin de semaine, le niveau baisse...

3) J'ai aussi pensé qu'on pourrait la rebaptiser GNF pour Gelons en eNFer mais alors on entendrait "géhenne" et son caractère infernal deviendrait par trop apparent.

D'accord, j'essaierai de faire mieux la prochaine fois...

Bon dimanche et bonnes vacances à ceux qui en prennent.

Merci à ceux qui voudraient bien soutenir un travailleuse du dimanche de leurs commentaires bienveillants...

K*.

Posté par Kalliope à 20:25 - Muse inspirée - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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