Kalliope muse ailleurs

caprices, cabotinage, calembredaines et quelques cafouillages : les cahiers de Kalliope.

07 novembre 2009

Les bottes de mes rêves

ZP

des free lance croisées cette année dans un petit magasin de T***,

eu égard à leur tarif onirique, sinon délirant,

ne seront mes bottes que dans mes rêves.

 

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15 juillet 2009

Mystères de la science

Eh oui, c'est l'été ! Et comme souvent, l'été, Kalliope est plantée devant son ordinateur à essayer de rédiger des communications scientifiques... activité qui donne lieu à de grandes interrogations scientifiques que je me plais à vous soumettre.
1. En génétique, quelle était la probabilité que Kalliope hérite des cernes constants de son père et de la double paupière de sa mère qui lui fassent en permanence des yeux minuscules ?
2. En génétique, quelle était la probabilité que Kalliope hérite des cheveux châtain de son père et de la peau blanche de sa mère ?
3. En résumé, quelle était la probabilité que, par la grâce à ces fichues combinaisons génétiques, Kalliope ait toujours l'air fatigué ?
4. En psychologie, quelle était la probabilité que Kalliope ait l'idée saugrenue de choisir un métier durant lequel on a officiellement "deux mois de vacances l'été" et qu'au quinze juillet, elle se demande, saperlotte, quand va-t-elle trouver le temps de se reposer pendant ces deux mois au vu des sommes de travail qui l'attendent ?
5. En sociologie/psychologie/courtoisie, comment répondre aimablement aux gens qui lui assènent "tu as l'air fatigué, pourtant, ce ne sont pas les vacances qui vous manquent, à vous, les profs ! pfffff..."

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22 juin 2009

Qui m'aime comprenne...



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30 mai 2009

En juin, prends garde au rhume des foins...

DVD_La_Ferme195 Vous le croyez, vous, que j'ai osé travailler sur La Ferme des animaux pour essayer de convaincre mes élèves des vertus de l'éducation et de la maîtrise de la parole ?

Depuis quelques jours, Kalliope arbore des yeux rouges de lapin sous ecsta, ressort les kleenex et éternue toutes les trois phrases en se grattant le palais le reste du temps (oui, le palais démange, et c'est vachement compliqué à gratter, le palais). Le diagnostic est simple, nul besoin d'aller voir le médecin, c'est un simple rhume des foins. Du zirtec acheté en pharmacie et le problème est fini...
Sauf que, sauf que, l'allergie semble progresser et les allergènes se multiplier. Devant ses élèves, bêtes à manger du foin - j'en ai surpris deux la joue collée sur la table, soufflant sur leur feuille de devoir, ornée d'un 0 ou 0,5, pour la faire se déplacer, par exemple. Avec ma collègue de maths, nous avons parlé ce matin de la difficulté de faire cours, devant cette classe, sans jamais se retourner pour écrire au tableau ni baisser les yeux pour lire un texte... -, Kalliope, en taureau astrologique qui se respecte, a du foin aux cornes. En trouver quelques-uns qui sortent du lot, qui arrivent à ne pas céder à la tentation de s'amuser au milieu du cirque général, de ne pas se laisser emporter comme fétu de paille, c'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Il paraît qu'il existe un proverbe Année de foin, année de rien, à propos des années pluvieuses, qui voient le foin croître tandis que les autres cultures sèchent sur place : je peux vous assurer que mes 4èmes sont particulièrement incultes et incultivables, à part pour le foin, qui prend merveilleusement chez eux. Devant ces allergènes adolescents, foin d'anti-histaminiques, il faut changer de stratégie.
Stratégie 1, évacuation/élimination de l'allergène en direction de la salle de décontamination appelée communément "de permanence" où les allergènes susnommés font un foin de tous les diables autour des surveillants - ou hommes de paille - largement dépassés. Disons que cela diminue un petit peu la crise - d'allergie - dans le cours.
Stratégie 2, échange des allergènes auprès de ceux qui sont encore résistants - ou désensibilisés. Un léger coup à la porte de communication qui sépare ma salle de celle de la - terrible - prof de maths, et nous échangeons un sixième contre un troisième. Ca permet au 3ème de (re)voir ses bases et j'ai d'ores et déjà proposé au sixième, devenu la mascotte de mes 3èmes, de le présenter au brevet vu le nombre de cours qu'il a suivis chez moi.
Stratégie 3, mise au vert, exposition au grand air, non du prof, malheureusement, mais de l'allergène pendant quelques jours (trois au maximum), afin de réduire l'exposition et d'éviter la désintégration.
Stratégie 4, demander un arrêt de travail, officiellement pour rhume des foins, officieusement pour allergie aux élèves. Je n'en suis pas encore là - quoique ce week-end, après une matinée particulièrement cauchemardesque, et devant l'étendue aride du mois de juin, où le blé reste en herbe et les élèves en jachère, tandis que je creuse, sans résultat aucun, mon sillon de laboureur obstiné, mais solitaire, je m'interroge -, mais mon principal qui en a, au propre comme au figuré, "plein le dos" a démarré ses "vacances" un mois plus tôt...

 

 


Marc Aryan - bete a manger du foin
envoyé par hameau. - Regardez la dernière sélection musicale.

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18 mai 2009

rocher de Sisyphe

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L'année scolaire commence par deux mois d'enfer, jusqu'aux vacances de Toussaint :
vous n'êtes pas habitués au bruit et à l'agitation, il fait encore chaud
les élèves sont encore en vacances
pour asseoir votre autorité, vous ne leur passez rien,
vous avez envie de distribuer les claques...

        ********************************************************************************************

L'année scolaire finit par deux mois d'enfer, jusqu'aux vacances d'été :
vous êtes épuisés par le bruit et l'agitation, il recommence à faire chaud
les élèves sont déjà en vacances
vous leur passez tout, même s'ils ont oublié jusqu'à la définition du mot "autorité"
vous en avez votre claque...

Et entre les deux ? 3 périodes de 5 à 7 semaines : c'est pas le paradis, mais on peut avoir de bons moments, parfois, au purgatoire...

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Gravure de M. C. Escher

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01 mai 2009

Le dindonneau de Proust

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L'un des grands plaisirs que l'on trouve à retourner au collège, c'est de pouvoir y éprouver les effets de la doctrine proustienne de la réminiscence affective.
Formulation pompeuse, formulation de prof de français pour évoquer ce qu'on appelle généralement plus simplement l'effet madeleine de Proust.
Je ne parlerai pas ici des jours de neige à Paris cet hiver durant lesquels l'excitation des ados était inversement proportionnelle à l'épaisseur de la couche de neige au sol dans la cour. Les jeux dans  cette misérable couche crasseuse parisienne ne me rappelaient que de loin en loin le déchaînement dans les écoles haut-savoyardes, les batailles de boules de neige, les bonhommes, les foots où les congères nous faisaient opportunément confondre ballon et tibia du joueur adverse et, surtout, les petits matins où j'essayais par tous les moyens d'échapper à la volonté parentale de me faire porter d'horribles et ridicules bottes de neige. Forcément, elles déparaient totalement le style que j'avais l'espoir d'acquérir un jour, espoir qui reculait d'autant plus que j'avançais en bottes. (De surcroît, que mes parents semblaient être les seuls à avoir le souci de conserver en l'état mes chaussures de tous les jours, les parents des autres ne semblaient nullement s'en préoccuper et laissaient leur progéniture porter ce qui lui plaisait).
Je ne parlerai pas non plus de ces rituels étranges, exotiques, voire barbares, que je découvre dans mon collège parisien comme le hurlement de fin des cours le samedi avant les vacances, le port du bonnet de Père Noël lors de l'après-midi qui suit le repas de Noël, les mystérieux concombres râpés (oui, oui, comme les carottes, c'est vert, c'est spongieux, j'ai mis du temps à identifier le légume à qui l'on avait réservé ce traitement avant de me rappeler la tradition du concombre masqué), les-saucisses-par-3 -pour-les-profs-et-par-2-pour-les-élèves (parce qu'il est certain qu'on a plus besoin de manger, dans notre grand âge, que des ados en pleine croissance), le friand tomate-saucisse (ah tiens, surprise, encore une saucisse dans le friand) ou les frites congélées cuites au four puis refroidies pour être apportées dans mon collège en liaison froide et ensuite réchauffées (incontestablement les pires que j'ai jamais avalées, réusissant le tour de force d'être à la fois sèches et spongieuses).
Non, je veux vous parler plutôt de ce qui m'a permis de revivre mon adolescence, de ce qui m'a donné l'occasion de faire l'expérience de la permanence, inamovible, intangible, quasi-inaltérable, tandis que, doucement et presque sans m'en apercevoir, je passais de 14 à 30 ans : les friands au fromage, les oeufs mayo sur tomates en tranches régulières couvertes d'une vinaigrette épaisse et acide, les viandes et poissons baignant dans une sauce qui vous pèse sur l'estomac les cinq heures suivantes sans vous donner pourtant l'impression d'être rassasiée et, surtout, surtout, le dindonneau...
Le dindonneau, donc, c'est la viande que vous ne connaissez vraisemblablement pas si vous n'avez jamais mangé en cantine et que vous vous êtes empressés d'oublier si jamais vous y avez goûté. En théorie, le dindonneau, ce devrait être le petit de la dinde, et comme le veau, ou l'agneau, ça paraît alléchant. Sauf que la réalité est toute autre, en tout cas en cantine : sous vos yeux, une tranche de viande non pas blanche, mais grise, qui s'écrase et s'émiette sous la moindre pression de la fourchette, aussi spongieuse qu'une madeleine proustienne plongée dans du thé, mais bien moins savoureuse. Enfin, pourvue quand même d'assez de goût pour que cela me soulève le coeur. Je ne peux m'empêcher, en contemplant le massacre dans mon assiette, de penser que l'on a agrégé des tas de rebuts de viande divers, peut-être de vieille dinde, ce n'est pas impossible, oubliée dans sa batterie, pour m'offrir quelque chose de présentable qui finalement ne le sera même pas jusqu'à ce que je le porte à ma bouche.
J'ai donc retrouvé mes vieilles habitudes de collégo-lycéenne : je m'approche avec méfiance du comptoir, demande presque les papiers d'identité de la viande et, très souvent, fait l'impasse au profit des inénarrables frites ou de l'incontournable purée (heureusement, je n'ai encore jamais été confrontée aux salsifis, qui me plongeraient dans un cruel dilemme). Je compense en mangeant du pain - généralement rassis, comme lors de mon adolescence - et, surtout, en dévorant millefeuilles, tartes au chocolat et palmiers à la sortie des cours.
Une seule chose a évolué : je stocke les millefeuilles dans les cuisses (je peux presque les compter) bien plus durablement qu'à 15 ans !

Edit : un autre changement depuis mes 15 ans, mes élèves me trouvent "trop stylée" quand je descends les chercher dans la cour sans bottes de neige et avec mes lunettes de soleil. Dois-je me fier cependant à l'opinion d'ados eux-mêmes en quête de style ?

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27 octobre 2008

le bonheur, simple comme un marqueur...

Au tout début de la période faste des vacances, petit retour en arrière sur les semaines de Kalliope-Janus.

janus2 buste de Janus, dieu à deux visages des portes et des passages.


Découvrez Rose!

Les mardi, jeudi, vendredi & samedi, Kalliope prend le RER pour s'enfoncer dans la banlieue Sud. Elle a l'air fatigué des petits matins, la mine renfrognée et l'impression d'avoir dix ans de plus. Ses élèves de 13-14 ans lui parlent des "vieux" et, quand elle leur demande de définir cette catégorie, ils lui disent "les plus de 35 ans". Elle n'est guère loin du troisième âge, donc. Quand elle leur passe des chansons, ils l'interrogent "Linda Le May est-elle toujours vivante ?". Et quand elle répond machinalement que l'album est récent, qu'il a seulement une dizaine d'années, ils s'esclaffent. Forcément, il y a dix ans, ils portaient encore des couches... Elle ressort essorée par les questions sans relâche, le bruit de fond, la vigilance de tous les instants pour ramener les brebis égarées et dissipées plus nombreuses que les brebis sérieuses... Et avec la robe d'un dalmatien, ou plutôt l'inverse : de grosses taches blanches sur le fond noir de ses vêtements. Elle pourrait cesser de s'habiller en noir, mais après avoir sacrifié ses ambitions, elle s'accroche à sa garde-robe... Il faut préciser que Kalliope a un problème avec les tableaux noirs. D'abord, elle n'est jamais capable de le garder bien noir. Dès qu'elle commence à passer l'éponge, il prend une couleur grise et les inscriptions à la craie blanche deviennent illisibles. Une de ses élèves, modèle de fourberie juvénile, lui a un jour posé la question "il a un problème particulier votre tableau ?" Devinant instantanément la perfidie, Kalliope a devancé le reproche "parce qu'il est toujours sale ?" Elle a essayé de changer l'éponge pour des mouchoirs ou des brosses, mais la dame de service a protesté contre la poussière de craie tombée sur le sol. Kalliope pense parfois à lui demander son secret pour obtenir un tableau parfaitement noir, parce que même en faisant plusieurs fois les allers-retours au lavabo pour plonger son éponge dans une onde parfaitement limpide, elle échoue lamentablement.

Le mercredi, en revanche, c'est le jour des grands enfants. En dix minutes de métro et 5 de balade dans un quartier ultra-chic où elle fait du lèche-vitrine en sachant qu'elle ne pourra jamais s'offrir ce qui est derrière les vitres, Kalliope arrive à S*** P*** où elle enseigne deux heures par semaine. Ses élèves sont propres sur eux, bien coiffés, silencieux, ambitieux et très sérieux. Comme il est déjà tard, un baillement leur échappe quelquefois, mais généralement ils ont les yeux rivés sur leur écran de portable pour prendre des notes et les oreilles suspendues aux lèvres de leur professeur. Surtout, Kalliope éprouve un plaisir intense quand, demandant aux appariteurs un marqueur pour l'immense tableau blanc qui fait ses délices, ils lui demandent "Mais vous enseignez, vous ?". La nostalgie de ces temps où l'on la confondait avec ses étudiants la saisit. Elle approuve avec un sourire jusqu'aux oreilles et récupère les marqueurs qui laisseront ses vêtements immaculés. Elle a beau culpabiliser, dans ces moments-là, elle se sent fondamentalement élitiste.

Le seul point commun entre ces deux univers, c'est que dans l'un comme dans l'autre, Kalliope est incapable de proposer à ses élèves un tableau ordonné et lisible. Il y en a dans tous les coins et c'est toujours aussi mal écrit.

Elle a hasardé une question sur la possibilité d'acquérir un tableau numérique lors de la dernière réunion pédagogique et elle a suscité un monologue de 20 minutes du principal pour justifier son refus. Ses collègues, pressés de rentrer chez eux, lui jetaient des regards hostiles. Désormais, elle espère en silence qu'au moins, dans le futur collège moderne qui remplacera l'ancien, elle aura un tableau blanc...

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16 septembre 2008

Le régime Kalliopien de la rentrée

*merci à Célestine qui a bien voulu m'expliquer comment on insérait des vidéos ou des lecteurs dans un message !

Amie lectrice,

Tu te trouves trop grosse (la thématique commence à devenir récurrente...) et tu ne veux pas investir dans un legging amincissant ni perdre un temps précieux à râper du sel précieux ? La solution, rapide et efficace, existe : deviens prof en collège ! Ce dispositif innovant te permettra de combiner :

> du step

Pour cette activité, il te faut : une salle de cours au deuxième étage, des élèves à aller chercher toutes les deux heures dans la cour de récréation au rez-de-chaussée, et une salle des profs comportant une photocopieuse et une ambiance sympathique au premier étage. Descente et montée des marches (sans photographes) une dizaine de fois par jour garanties !

> des haltères

pour cette activité, il te faut : 5 niveaux différents d'élèves, et un manuel minimum par niveau, plus quelques cahiers à corriger et des paquets de photocopies à véhiculer. Biceps solides en quelques jours. L'inconvénient : quoique l'envie parfois vous en démange quand ils traînassent dans les couloirs pour aller en cours, il est fortement déconseillé de se servir des élèves comme haltères.

> des étirements

pour cette activité, il te faut : un tableau noir à craie et une éponge sale, qu'il te faudra repasser quinze fois dans chaque recoin du tableau pour en tirer une propreté douteuse. L'inconvénient : il est déconseillé aux gens qui écrivent déjà très illisiblement de la main droite de vouloir aussi muscler leur bras gauche en se mettant à tracer leurs graffiti de cette main.

> de la marche sportive

pour cette activité, il te faut : une classe remuante qui t'obligera à arpenter les rangs pour essayer de quadriller la zone au maximum. L'inconvénient : il est formellement interdit de courir sur une cible mouvante, même quand on voit rouge.

> de la marche sur des oeufs

pour cette activité, il te faut : un principal, des nouveaux collègues et des susceptibilités adolescentes à ménager.

> de la course

pour cette activité, il te faut : une forte propension à être en retard et un trajet comportant deux moyens de transport différents et une interconnexion.

> de la natation

pour cette activité, il te faut : la volonté de comprendre les instructions officielles et de les appliquer devrait suffire.

> un régime

pour cette activité, il te faut : une simple cantine. Les quelques raviolis flottant dans leur sauce ou le duo cordon bleu/ haricots blancs ne devraient pas sérieusement alourdir ton stock de calories par jour (par ailleurs bien dépensé).

L'inconvénient : il est fortement recommandé de ne pas se ruer sur les millefeuilles au chocolat* ou autres joyeusetés grasses et sucrées pour compenser à la sortie de l'école.... en réduisant à néant tous les efforts précédents !

*cette règle ne souffre aucune exception, pas même durant le "mois du millefeuille".

> de la cardio

pour cette activité, il te faut : de la patience et un labeur de longue haleine consistant à réexpliquer vingt fois la même règle, à refaire dix fois les mêmes exercices en voyant toujours des petits sourcils se froncer d'incompréhension devant toi, des yeux vides, ou une attention envolée.

A rappeler : les résultats d'un régime ne se voient pas toujours immédiatement et demeurent précaires...

SI...
                                                                                            R. Kipling.

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils


... et aussi, plus modestement, un prof !

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11 septembre 2008

Test de rentrée

Martine au travail.

La rentrée, ce sont aussi les fiches de présentation demandées aux petits enfants, les contrôles d'évaluation de leurs connaissances mais aussi, dans les magazines pour grandes filles, les tests censés vous révéler à vous-même. Kalliope a décidé de mélanger tout ça pour vous en soumettre un de son crû...

A. L'été, vous partez en vacances

x. aux Bahamas, dans la propriété achetée par ma famille/la famille de mon épouse ou en Méditerranée, sur le yacht prêté par mon ami.

o. à Palavas-les-flots, en famille, dans le mobile-home de l'an dernier, pour y retrouver les copains de l'an dernier.

*. au fin fond de l'Asie centrale, parce que c'est pas trop cher et c'est culturel.

B. Vous tenez un blog

o. de création, où vous exposez les robes confectionnées pour la petite dernière ou ses photos scrap-bookées.

*. "comique" (ou le croyez tel) où vous énumérez chaque jour les nouvelles perles des adolescents confiés à votre garde.

x. vous n'avez pas le temps pour ça, mais vous n'en avez nul besoin non plus : plein de gens s'en chargent pour vous sous couvert d'objectivité.

C. Quand vous voyez un adolescent,

*vous faites une poussée d'eczéma et une crise d'éternuements

x. à la première bêtise, vous avez envie de le ficher dans "Edvige" ou de l'encadrer militairement mais vous hésitez car ça reste un futur électeur potentiel.

o. vous êtes attendri(e) mais vous levez quand même parfois les yeux au ciel : "c'est la crise d'ado".

D. Quand on en vient à évoquer vos vacances, les gens

x. trouvent que vous les avez bien méritées, vu votre agitation le reste de l'année. Et ils adorent contempler les photos de vous volées à cette occasion.

o. vous demandent poliment où vous les avez passées mais ne veulent surtout pas s'ennuyer à en regarder les photos.

* vous déclarent agressivement que vous en avez beaucoup trop mais, bizarrement, pour rien au monde n'échangeraient leur job contre le vôtre.

E. Vos rapports avec Xavier Darcos

o. vous suivez distraitement son action mais globalement vous le trouvez efficace et admirez l'acharnement qu'il met à remuer le panier de planqués paresseux qui ont beaucoup trop de vacances (cf. question précédente).

*. vous connaissez le moindre mot de chacun de ses discours et, de ce fait, le moindre pavé entre Bastille et Nation.

x. c'est l'un de vos meilleurs potes, vous l'avez mis dans votre top 7.

F. Vos vêtements

x. viennent de chez Prada, Gucci, Dior et sont toujours impeccablement coupés, de manière à planquer les talonnettes.

*. sont toujours propres le matin et maculés de taches de craie le soir.

o. sont un mixte de la Halle aux vêtements à Comptoir des Cotonniers/Gap.

G. Votre santé

o. un rhume de temps en temps, c'est la vie

x. avec un staff médical à disposition, ça roule. D'ailleurs, vous n'aimez pas les gens malades.

*. vos cordes vocales doublent de volume entre septembre et juin et, chose étrange, bien que personne n'ait jamais pu vous diagnostiquer d'acouphènes, vous avez en permanence un bourdonnement dans les oreilles entre 8h et 17h30.

H. Quand vous parlez

*. vous répétez cinq fois chacune de vos phrases, persuadé(e) que personne ne vous écoute

o. généralement, on vous écoute

x. tout le monde s'écrase (du moins dans vos fantasmes).

I. Les jours fériés

x. vous détestez ça, et souhaitez en secret les abolir... pour augmenter les salaires, of course.

o. c'est reposant, attendu et quelquefois l'occasion d'un week-end.

*. vous les avez fiévreusement notés dès le début de l'année, quand votre chef a égréné le déprimant calendrier de l'année scolaire et ses ennuyeuses réunions.

Résultats :

Vous avez une majorité de o. Vous nagez comme un poisson dans l'eau dans la société contemporaine : votre pouvoir d'achat est trop faible et vous travaillez trop.

Vous avez une majorité de x. Vous êtes un homme politique/public et si vous nagez, c'est seulement dans les endroits branchés et pour faire admirer votre corps d'athlète (enfin athlète... après les retouches nécessaires).

Vous avez une majorité de * : vous appartenez à l'engeance professorale, et quand vous nagez, c'est pour évacuer la tension. Si vous n'avez pas que des *, c'est que vous êtes encore en début de carrière.

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09 septembre 2008

Pourkoi j'M pu la rentré

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Allez, Kalliope fait un effort, au soir d'une longue journée dans la (pas si) lointaine banlieue de F***, pour émerger de sa stupeur et vous raconter sa rentrée au collège S. E.

Il paraît que, peu après mes deux ans, j'ai commencé à pleurer, à faire des scènes, à réclamer à cor et à cri à mes parents le droit d'aller à l'école. On a cédé à mon caprice et je suis entrée en première année de maternelle à l'âge de 2 ans et 4 mois. Il paraît (toujours la légende familiale) que j'étais la plus jeune de la classe mais, qu'en ce premier jour d'école, je fus la seule à ne pas pleurer et que je passai la journée sur les genoux de ma maîtresse.

Pour ma peine, je redoublai ma première année de maternelle, je devins maîtresse moi-même et fus condamnée à y passer ma vie, à l'école.

Quand j'étais petite, même si ça me faisait râler que les vacances - et l'été, et les grasses matinées, et le farniente - se terminent, je crois que j'éprouvais quand même une certaine joie à reprendre le chemin de l'école. Oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, je crois que, parfois, pendant quelques instants, j'ai pu aimer ça. Pourquoi ?

> parce que mes parents m'offraient une nouvelle-tenue-de-rentrée. Que, bien entendu, je n'avais pas le droit d'étrenner avant le jour J. Et, encore maintenant, je piaffe toujours quand je sais qu'une nouvelle tenue attend dans mon armoire : je suis impatiente de revêtir mon habit de lumière (ou plutôt d'obscurité car je porte essentiellement du noir...)

Sauf qu'aujourd'hui sur mon dernier mirifique salaire d'ATER (qui, comme ils ont prélevé dessus un nombre incroyable d'arriérés de trucs qu'ils n'avaient pas encore prélevés, aussi impossible que cela puisse paraître, atteignait péniblement le SMIC), après les vacances et les livres à acheter pour dénicher quelques idées de cours, il ne me restait plus un sou pour acheter une pauvre-nouvelle-défroque (genre Cosette, vous voyez ?) donc pas de compensation rentrée. Et puis comme je n'ai jamais été néo-titulaire, pas le droit à la prime Darcos. Et puis comme je ne fais -que- 2h30 d'heures sup par semaine, pas le droit à la prime 3h d'heures sup. (Vous croyez qu'ils ont compris que je les aimais pas ?).

Et puis...

> Autrefois, la rentrée, cela signifiait parcourir 500 mètres depuis chez moi pour retrouver les amis que je n'avais plus vus depuis 2 mois et qui commençaient sérieusement à me manquer...

Aujourd'hui, c'est se taper 45 minutes de RER+bus (et encore, je sais que je suis chanceuse) pour découvrir des collègues que chuis-pas-encore-trop-sûre-passque-j'les-connais-pas de vouloir avoir comme amis (la réciproque étant vraie sans doute...). Et mes copains, eux, sont toujours en vacances. J'ai rencontré entre autres une collègue en anglais très sympa qui m'a expliqué qu'elle faisait l'essentiel de son service au lycée, mais quand même 3h au collège. Elle conclut : "J'enseigne depuis 5 ans au lycée, alors ces 3 heures au collège, je n'ai vraiment pas envie de les faire..." Je lui ai jeté un regard compatissant "je te comprends parfaitement, j'enseignais depuis 6 ans à la fac avant de me retrouver avec un service complet au collège". Et là, c'est moi qui ai senti couler sur moi des flots de compassion...

> Autrefois, la rentrée, c'était le plaisir de mettre à l'épreuve le nouveau professeur et de ricaner avec mes 25 copains quand il faisait un lapsus ou quand il nous laissait le moindre interstice pour faire une blague vaseuse.

Aujourd'hui, je dois retenir le fou rire nerveux et épuisé puis me demander "dois-je sévir ?", quand, après avoir malencontreusement demandé aux élèves de prendre une "feuille vierge" pour faire l'exercice, l'un d'entre eux transperce d'un grand coup de stylo sa feuille en hurlant à la cantonade "j'ai déviergé la feuille". Et je me sens coite... C'est seulement après que me vient la répartie "quand il s'agit d'une feuille, pour pareille opération, encore te faudrait-il savoir écrire", et encore, je ne suis pas sûre de la pertinence d'une telle répartie...

> Autrefois, la rentrée, c'était quand même aussi un peu le plaisir de mythifier le professeur.

Aujourd'hui, je dois endurer, quand j'ai quelques minutes de retard, les remarques du genre "je vous avais dit qu'elle était pas absente. Elle est intuable".

Qui dira la solitude du prof devant ses 25 coalisés ? Difficile de trouver la faille pour toucher leurs coeurs...

> Autrefois, la rentrée, c'étaient les nouveaux cahiers, les beaux stylos et l'odeur de l'encre dans le cartable puis le sac neuf.

Aujourd'hui, c'est retour de vacances au dernier moment, passage chez Gibert qu'on voudrait express mais qui se prolonge des heures le samedi juste avant la rentrée quand le magasin est bondé, bataille avec la photocopieuse, le code et le quota de photocopies qui vous fait jurer entre vos dents quand vous en gâchez une et, malgré vos calculs au plus juste, des feuilles qui débordent de partout.

> Autrefois, la rentrée, c'était parfois le retour à la léthargie passive du ruminant planqué au dernier rang et contemplant le ciel derrière la fenêtre.

Aujourd'hui, c'est être toujours sur le qui-vive, assurer le show sans une seconde d'inattention, prévoir les textes, les photocopies, les devoirs, l'organisation du classeur (et pour une inorganisée de naissance, c'est dur d'être ordonnée pour les autres), le livre à apporter, la page à sauter et jusqu'à la couleur pour souligner.

Mais il y a quand même des constantes...

> l'emploi du temps : par définition, toujours attendu impatiemment et toujours décevant ; parce qu'on ne commence pas tous les jours à 11h pour finir à midi, alors, forcément...

> les dégâts de la première impression : enfants, on s'employait à ne pas se faire remarquer dès le premier cours... Prof, on croit tout blinder, être paré à répondre à la moindre question, on va jusqu'à vérifier la serrure de sa salle pour ne pas s'humilier en peinant à l'ouvrir et... on se ridiculise auprès des 3èmes en prenant le mauvais chemin pour les monter en classe.

> le trac

> la nourriture de la cantine : en dégustant mon cake salé fait maison aujourd'hui, j'ai contemplé sans nostalgie le chou-fleur-boulettes-de-viande-sauce-épaisse-et-grasse (suis pas allée voir le nom poétique du menu) concocté par la restauration scolaire et visiblement savouré par mes voisins.

A bientôt pour les premières perles... j'en fais des colliers... faut dire que je crois avoir un fameux parc d'huîtres cette année.

Posté par Kalliope à 18:50 - Kalliope est un K - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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