29 avril 2008
cent ...
Amour et Psyché, par J. T. Sergel, Stockholm, Nationalmuseum.
... mais pas sans vous,
leKteurs de mon Koeur...
28 avril 2008
Du tourisme, version suédée.
Un mois tout juste après son voyage dans les mers du Sud, Kalliope a survolé la Baltique pour gagner les contrées du Septentrion. Une fringale touristique à la mesure de la diète qui l'avait précédée... Elle permet de remplumer la rubrique qui, jusque là, était restée la parente pauvre du blog, "musarder ailleurs". Ce fut aussi l'occasion ou jamais de découvrir un espace demeuré très flou dans l'esprit de Kalliope...
"ah bon, Stockholm, c'est pas au sud de la Suède ? et c'est au bord de la mer ? "
Et le plus bel exemple d'ignorance :
-- Y'a quelque chose à voir dans l'archipel de Stockholm ?, demande Kalliope, feuilletant vaguement un guide de voyage.
-- entre 20 ooo et 30 000 îles.
-- ah, oui, quand même...
Il faut le reconnaître, sortie des krisprolls, des saunas, d'Henning Mankell et des grands froids, je ne savais pas grand chose de la Suède, pays rêvé pour bien des Français ...
Certains suédophiles, donc, vous vanteront les mérites d'une protection sociale particulièrement généreuse, notamment envers les Suédoises qui ont réussi à briser le plafond de verre (facile, avec leur haute taille) et sont enfin considérées comme les égales des hommes même quand elles enchaînent les naissances. Il paraît qu'on a même le droit, pour alléger les frais de garde, d'amener ses enfants au bureau !
D'autres évoqueront, les yeux brillants de désir, le charme de ces mêmes Suédoises, blondes, grandes... et bien charpentées (flèche du Parthe, talent typiquement français, voire parisien...).
D'autres encore décriront avec nostalgie les cabanes de l'archipel, une vie proche de la nature dans un pays où les mots "écologie" et "bio" sont sur toutes les lèvres, à tous les coins de rues et de jardins, ou dans tous les rayons de supermarché.
A tout cela, Kalliope, quoique nullipare, hétérosexuelle et ultra-citadine jusqu'à ce jour, fut sensible, par altruisme ou par idéal.
Mais ce qui la marqua plus particulièrement, ce qui toucha son coeur, et la fit soupirer après la douceur de vivre à la suédoise, "c'est peut-être un détail pour vous, mais pour elle ça veut dire beaucoup":
-- le soleil, qui semblait avoir déserté Paris, lui a rendu les ciels bleus, secs et froids de son enfance.
-- les couvertures, dans lesquelles se pelotonner sur les terrasses, lui ont donné l'envie d'en profiter les soirs d'été.
-- la solitude, dans les musées, lui a permis de contempler en paix les Cranach.
-- le thé, à des prix défiant toute concurrence, servi, sauf exceptions rarissimes, dans de grands verres et EN FEUILLES, dans des boules à thé, lui a donné l'occasion de savourer son voyage. Fait notable, pas la moindre trace de ma bête jaune, le Lipton Yellow. Mention spéciale au Söderblandning, mélange du Sud de Stockholm.
-- Les brioches, à la cardamome et à la cannelle, fondantes dans la bouche, lui ont donné le courage d'apprendre un mot suédois : "Kanelbülle" (en revanche, pour la graphie, ce n'est pas encore ça).
Je ne suis pas la seule à avoir cédé à l'appel du Nord : en rentrant, j'ai croisé à l'attente bagages le bien-aimé maire de Paris, sortant visiblement du même avion que moi. Bénéficiant d'un traitement VIP, certes, mais quand même en doudoune et vieux jean, bien loin de l'homme en costume élégant rencontré la semaine précédente rue Daguerre.
Une conclusion people, car je vous en sais plus friands encore que de géographie !
21 avril 2008
Enfoncer des portes ouvertes...
(image reprise au blog zéro de conduite).
... Ou, peut-être, aurait-il mieux valu intituler ce post "Arriver comme les carabiniers" pour introduire le sujet par un cliché italien, car je voulais parler ici du Guépard. Il m'a fallu atteindre l'âge vénérable de - presque - 30 ans pour rencontrer, au détour du programme de TL au bac, le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. On m'avait souvent parlé du film - jusqu'au jour de ma soutenance où l'ombre de cette oeuvre "si nous voulons que tout continue, il faut d'abord que tout change" vint éclairer la pensée ovidienne. A chaque fois, je hochais doctement la tête, ne consentant qu'à contrecoeur, si la conversation s'approfondissait, à avouer que je n'avais pas lu le livre ni vu le film.
J'ai commencé par lire le roman - en Suède, en vertu de la logique qui me caractérise, et surtout grâce à des amis dévoués. Eblouissement des soleils écrasants de Sicile sur les pages éclairées par les timides rayons du Nord. Et je ne regrette pas d'avoir découvert le roman si tard car cette méditation mélancolique sur le crépuscule d'un monde est si profonde et si énigmatique qu'il me faudra sans doute encore 30 ans pour la comprendre.
Hier soir, j'ai regardé le film. Il y eut quelques déceptions : malgré les promesses de la couverture du DVD, je n'ai pas réussi à voir le film en VO, donc j'ai enduré la voix snob de Delon se doublant très mal lui-même. Mais... son demi-sourire est sans pareil. Mais, quand il jette négligemment l'écrin pour passer la bague au doigt de Claudia Cardinale/Angelica, il est d'une élégance folle. Et personne ne possède l'art de lancer des oeillades enflammées ou de se mordre explicitement la lèvre comme la belle Italienne. 
Burt Lancaster est impérial, et visiblement meilleur danseur que Delon.
(source, blog in the mood for cannes 2008)
Enfin le tour de force du film, c'est sans doute d'être parvenu à rendre par le biais des dialogues, ou, plus simplement, par le jeu des regards ou des froncements de sourcils expressifs, les complexes monologues intérieurs, essentiels dans le livre. Naturellement, je vous parle d'un temps où l'on ignorait le botox et où l'on déchiffrait l'éloquence des rides...
"La nostalgie n'est plus ce qu'elle était" [Simone Signoret] .
Lisez, voyez et revoyez le Guépard !
"Deux ou trois jours avant l'arrivée de Garibaldi à Palerme, on me présenta quelques officiers de marine anglais, en service sur les navires qui mouillaient en rade, dans l'attente des événements. Ils avaient appris, je ne sais comment, que je possédais une maison sur le rivage, avec un toit en terrasse d'où l'on peut voir le cercle des montagnes autour de la ville. (...) C'étaient des jeunes gens ingénus, malgré leurs favoris rougeâtres. Ils tombèrent en extase devant le panorama, devant l'impétuosité de la lumière. Ils avouèrent pourtant qu'ils avaient été pétrifiés de surprise devant l'aspect désolé, la vétusté, la saleté des rues qui menaient chez moi. Je leur expliquai que ceci dérivait de cela, comme j'ai essayé de le faire tout à l'heure. L'un d'eux me demanda ce que diable venaient faire en Sicile les volontaires italiens. "They are coming to teach us good manners, répondis-je. But they won't succeed, because we are gods." Je crois qu'ils ne comprirent pas, mais ils rirent et s'en allèrent. C'est également la réponse que je voudrais vous faire, cher Chevalley. Les Siciliens ne voudront jamais s'améliorer, pour la simple raison qu'ils se croient parfaits : leur vanité est plus forte que leur misère ; toute intromission de personnes étrangères aux choses siciliennes, soit par leur origine, soit par leur pensée (par l'indépendance de leur esprit), bouleverse notre rêve de perfection accomplie, dérange notre complaisante attente du néant ; piétinés par une dizaine de peuples différents, les Siciliens croient qu'un passé impérial leur donne droit à de somptueuses funérailles. Pensez-vous, Chevalley, être le premier à espérer conduire la Sicile dans le courant de l'histoire universelle ? Qui sait combien d'imams musulmans, combien de chevaliers du roi Roger, combien de scribes des Souabes, combien de barons d'Anjou, combien de légistes du Roi catholique ont conçu la même admirable folie ? Et combien de vices-rois espagnols, combien de fonctionnaires réformateurs de Charles III ? Qui se rappelle encore leur nom ? La Sicile a choisi de dormir, malgré leurs invocations ; pourquoi les aurait-elle donc écoutés, si elle est riche, si elle est sage, si elle est civilisée, si elle est honnête, si elle est admirée et enviée de tous, si, en un mot, elle est parfaite ? (...)
Chevalley pensait : "Cet état de choses ne durera pas ; notre administration nouvelle, active, moderne, changera tout cela."
Le Prince se sentait découragé : "Tout cela ne devrait pas durer ; pourtant cela durera toujours ; le toujours humain, bien entendu, un siècle, deux siècles ; après quoi, ce sera différent, mais pire. Nous fûmes les Guépards, les Lions : ceux qui nous succéderont seront les Chacals, les Hyènes. Et tous tant que nous sommes, Guépards, Chacals, Brebis, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre."
19 avril 2008
Un jour...
La coïncidence était trop belle pour que je lui refuse une page de pub !
18 avril 2008
Un an...
Un an que je Krayonne mes Karnets, que je Kompose mes Khroniques, un an et et 96 messages.
Un grand merci à ceux qui me suivent depuis le début, ou qui m'ont rattrapée en cours de route, lecteurs occasionnels ou fidèles, silencieux ou bavards.
Comme au début, je Kontinue à trouver plaisir à écrire, à espérer vos mots doux (ou moins doux, d'ailleurs), à Kompulser les statistiKs (moins fébrilement), et à m'esKlaffer devant les mots-Klés qui ont attiré chez moi certains de mes visiteurs.
ND occupe sans doute la tête (pas la mienne, celle des mots-clés), des arrivages réguliers par "je peux pas, j'ai piscine" ou autres variantes aquatiques, quelques pics saisonniers avec la rentrée et de rares fans de Rosemonde Gérard-Rostand (incroyable, non ?). J'oubliais les lycéens en goguette, avides de résumés des romans cités et forcément déçus.
Je garde la flamme, même si celle, vacillante, de ma première bougie, brille bien moins dans les rues de Paris que celle dont on voudrait nous éblouir en ce moment, pour nous "divertir". Un vrai bûcher des vanités sportives et politiques. Je n'ai pas pour dessein de rendre "le monde meilleur", ni moi-même au demorand. Ce sentimentalisme mièvre me répugne.
Je veux juste, en vous contant sornettes et fleurettes, me/vous délasser.
(...) C'est à perdre la tête, arracher ses cheveux,/ se faire de la bile, être en mauvaise passe,/
se vouer à tous les saints, ou passer aux aveux./ Mais la voix est une eau captive sous la glace.
Seul un mot quelquefois peut passer au travers,/ un mot tout simplement qui te va comme un gant/
un mot lettre-à-la-poste, un vrai mot coeur-ouvert,/ un mot qui vient du clair et qui retourne au vent/
Une parole juste à n'en jamais finir/ suffit à t'éveiller à l'autre bout du monde (...)
Claude Roy, Poésies, Gallimard.
06 avril 2008
Jouer à Destins pour changer de vie
Un post qui ne me vaudra pas que des amis, mais que j'ai eu envie d'écrire...
Quand j'étais enfant, j'adorais jouer à "Destins", un jeu autrefois MB, aujourd'hui Hasbro :
Destins : le jeu de la vie !
Bâtir la plus grande fortune en traversant les diverses péripéties de la vie : prolonger ses études ou entrer directement dans la vie active, se marier, avoir des enfants, diverses étapes de la vie quotidienne.
peut-on lire sur le site internet aujourd'hui. La règle du jeu, qui date visiblement de mon année de naissance, définit comme but du jeu :
avoir le plus d'argent à la fin de votre vie, que vous viviez de vos rentes dans votre Maison de Campagne ou dans le luxe de votre Résidence de Millionnaire.
Au vu du bourrage de crâne dont nous avons été victimes depuis l'enfance, il ne faut pas s'étonner aujourd'hui que la majorité des Français, en bons petits soldats, ait choisi un président bling-bling qui leur offre le matérialisme comme seul idéal. Il est étrange en revanche qu'après avoir passé tant d'heures à y jouer, je sois restée si imperméable aux leçons de capitalisme distillées par le jeu. Je me souviens pourtant très bien que nous espérions tous piocher la carte qui nous ferait embrasser la carrière "technologies de pointe" car c'était celle qui délivrait le salaire le plus élevé. La règle du jeu annonce d'ailleurs sentencieusement :
Avant de jouer, chaque joueur doit décider du chemin qu'il va suivre et l'annoncer : le chemin le plus court, celui des Affaires, avec un salaire immédiat de 5000 (augmenté à 12000 dans la suite) ou le chemin le plus long, celui de l'Université avec des risques mais aussi la chance d'obtenir un salaire plus élevé. Votre carrière et votre salaire sont déterminés par la case sur laquelle vous vous arrêtez (Médecin, Journaliste...) ; (...) Le salaire, quel qu'il soit, obtenu à l'Université reste constant pendant tout le jeu.
En lisant cette règle, que j'avais complètement oubliée, comme j'ai oublié les choix faits à l'époque, j'ai été presque sidérée de son caractère prophétique. Sans écouter Cassandre, j'ai refusé la carrière des Affaires, choisi celle de l'Université, plus longue, mais comportant des "risques" (pieux euphémisme) qui m'a procuré un salaire constant depuis... mes 20 ans, quoique chaque année j'aie l'impression de travailler davantage. Je l'accepte pourtant car jusqu'à maintenant, cela me laissait une relative liberté et un certain confort d'existence. Mais me voici arrivée au terme de la parenthèse "enchantée" des contrats temporaires...
A côté de la carrière, qui restait l'enjeu principal, puisqu'il s'agissait à la fin d'avoir amassé le plus d'argent possible, il y avait une partie "famille" :
- Mariage : Vous devez vous arrêter sur la case Stop-Mariage (vous apprécierez le caractère injonctif) et faire ce qui suit :
*Votre époux (ou épouse) vous rejoint dans la voiture (pion bleu ou rose).
*Vous recevez des cadeaux. Vous tournez la Roue et recevez de chaque joueur :
2000 si vous obtenez 1, 2 ou 3 ; 1000, si vous obtenez 4, 5 ou 6 ; rien du tout, si vous obtenez 7, 8, 9 ou 10...
car déesse Fortune est aveugle et dispense indifféremment aux mortels joies et peines (et tant pis pour vous si vous avez tiré un mauvais numéro).
*Vous partez en voyage de noces, tournez la Roue et avancez du nombre obtenu.
Et voilà, affaire réglée. Suivaient naturellement les enfants :
Chaque fois que vous vous arrêtez sur une case-Fille ou Garçon, vous ajoutez un pion (rose ou bleu) dans votre voiture. La règle ajoute cette notation énigmatique : Si vous avez plus de 4 enfants, tout le monde se sert dans la voiture, comme dans la vie.
Est-ce une faute d'ortographe, se sert pour se serre ou une parenthèse cynique du rédacteur ?
Parfois, j'aimerais bien avoir de nouveau 8 ans et jouer à Destins. On m'attribuerait une carrière et une famille arbitrairement sans que j'aie à réfléchir à ce dont j'ai envie, et à ce pour quoi je suis faite vraiment. Au lieu de cela, bien que je sache chaque jour un peu plus non pas ce que je veux réellement faire, mais ce que je ne veux pas, je me retrouve quand même à scruter sur internet le site de la RATP et des cartes du 77 pour localiser des villes comme "Magny le Hongre" et, dans le vaste espace de liberté qui m'est laissé, à devoir décider si je l'inscris ou non dans la liste de mes "voeux" académiques qui seront plus ou moins pris en compte (et plutôt moins que plus). Car l'homme est condamné à être libre.
On me disait hier soir qu'il était important que des "gens comme nous" (sous-entendu "des gens qui ont suivi le cursus universitaire jusqu'à son terme") aillent "relever le niveau" dans les banlieues. Outre l'insulte faite aux profs qui y enseignent déjà, dans ces banlieues, et s'escriment à y réussir quelque chose, outre la méconnaissance de mes désirs, je pousse le raisonnement jusqu'à son terme : m'enverra-t-on dans un collège de banlieue pour que je fasse partager à mes élèves de 6ème les résultats de 4 années de thèse ?
Je lis ensuite dans un forum de discussion du Monde avec le ministre de l'Education Nationale :
Monsieur le Ministre, trouvez-vous normal que les profs agrégés travaillent moins et gagnent plus que les autres ? ...
Non, ça n'est pas normal, mais ce n'était pas non plus le deal initial. Je lis enfin dans le Nouvel Obs :
Qui l'eût cru ? A l'Ecole Normale Supérieure, certains élèves s'inquiètent pour leur avenir ! (...) Des jeunes ayant reçu une formation intellectuelle très pointue en philo ou en lettres modernes découvrent qu'ils devront renoncer à certaines aspirations.
Je lis, j'écoute, je médite ; j'essaie de ne sombrer ni dans la colère, ni dans la lamentation. Je me dis juste, que, parfois, j'aimerais rejouer à Destins : après avoir eu la malchance de piocher une mauvaise carte, d'atterrir sur une mauvaise case, faire un sourire charmeur à mes partenaires de jeu et leur demander "je suis mal tombée. On recommence la partie ?". S'ils refusent, prendre mon mal en patience. Après tout, cela ne durera que le temps d'une partie, et, demain, je pourrai en jouer une autre... La roue tourne et j'ai 8 ans...
05 avril 2008
Heurs et malheurs du moyen lecteur
Ca fait très longtemps que je voulais écrire ce post, sans jamais en trouver le temps ni l'énergie. Du coup, il est à la fois daté et updaté, car si mon irritation m'est restée, mes coups de coeur ont changé. Vous pardonnerez les défaillances de ma mémoire.
Donc, une fois n'est pas coutume, ce ne sera pas uniquement un post littéraire élogieux. Je vais commencer par deux livres qui m'ont mise en colère.
Le premier, je l'ai commencé en septembre dernier et... jamais fini. Arrivée à peu près à la moitié, j'avais envie de le jeter par la fenêtre et je l'ai soigneusement oublié quelque part.
Alix de Saint-André, Il n'y a pas de grandes personnes. Ca s'annonçait bien pourtant. J'avais beaucoup aimé son premier roman, L'ange et le réservoir de liquide à frein, un polar assez drôle dans mon souvenir. Dans celui-ci, elle a décidé d'évoquer sa passion pour André Malraux, dans un ouvrage au genre inclassable, entre la biographie et l'autobiographie. Sur le papier, un joli programme. Les premiers chapitres, qui évoquent son enfance, sont réussis ; j'ai toujours eu un faible, il faut l'avouer, pour les autobiographies d'écrivains qui savent se moquer d'eux-mêmes. Sauf que ça se gâte très vite : dès le chapitre où A. de Saint-André, bien qu'elle s'en défende et multiplie les précautions oratoires, nous inflige son mémoire de maîtrise sur Malraux & Proust. Elle assure en avoir retiré toutes les phrases inutiles et n'avoir conservé que les "meilleurs moments" : en pratique, une succession de citations de Malraux & Proust, qui, je veux bien le croire, constituaient sans doute les meilleurs moments de sa maîtrise, avec quelques commentaires qui se veulent critiques et/ou humoristiques. Le tout dégage de forts relents de cuistrerie et sent l'école. Après le couplet contre la formation universitaire castratrice et l'agrégation de lettres, on en vient à la prétendue évocation de Malraux, qui tourne surtout au portrait de l'auteur en gardienne du temple malrucien (? je ne suis pas certaine de l'adjectif). Elle y parle donc essentiellement d'elle, elle et encore elle (et son christianisme affiché) en y semant quelques références à Malraux et des révélations exclusives obtenues de son entourage, notamment de la dernière compagne de Malraux, citée avec complaisance. Le choix de l'illustration de couverture prend tout son sens : "moi" en premier plan devant la galerie des grands hommes. Elle s'étend d'ailleurs longuement sur son rôle dans la panthéonisation de l'écrivain. On a juste envie de la renvoyer aux oeuvres de son auteur favori, au rapport compliqué et prudent qu'entretenait avec l'effusion autobiographique celui qui faisait de l'existence des écrivains "un misérable tas de petits secrets". Je n'ai pas croisé cette citation dans ma lecture ; il est vrai qu'elle a pu paraître galvaudée à A. de Saint-André. Elle aurait cependant mieux fait de la méditer et de laisser dormir en paix le grand homme et les secrets qu'il aurait bien aimé garder.
Ce qui m'amène au second de mes emportements. Un écrivain contemporain qui prétend briser une idole, en lui opposant un autre écrivain mineur, prétendûment vampirisé par le grand homme, cela vous dit quelque chose ? C'est le propos d'Alabama song de G. Leroy, le Goncourt 2007.
Il ne faudrait jamais lire les Goncourt : je le sais, c'est presque devenu un macaron avertissant le lecteur "passe ton chemin, voyageur". Mais il traînait chez moi, déposé par une main généreuse ; mais il portait un beau titre, inspiré des Doors ; mais, là encore, cette biographie de Zelda Fitzgerald commençait bien. Sauf que... Quand l'auteur commence à tirer à boulets rouges sur Scott Fitzgerald en faisant de Zelda la malheureuse victime d'un époux qui la violait et la volait, je grimace. Fitzgerald présenté en ivrogne et en homosexuel refoulé, incapable d'avoir lui-même l'idée d'une intrigue romanesque, je tique sérieusement. Les pages lyriques sur les longues chevauchées de Zelda en Camargue aux côtés de son beau pilote français m'ennuient. Son désespoir, quand Scott la prive méchamment de son amour français et de sa joie de vivre, jusqu'à la conduire aux portes de la folie, me laisse soupçonneuse. Quand G. Leroy finit par avouer, au terme de la déchéance de son héroïne, que c'est une libre variation sur la vie de Zelda, je hausse les épaules. Quel était donc son dessein ? Il y a pourtant un personnage intéressant dans le livre : Zelda le hait, ce serait le mauvais génie de son époux, celui qui le séduisit pour mieux l'abattre. Et c'est... un écrivain raté et jaloux du succès de Scott. J'y ai vu une figure de G. Leroy dans son propre livre : un mauvais auteur qui essaie de brûler les idoles en publiant les secrets d'alcôve. Mieux vaut relire les oeuvres de Zelda et de Scott, qui ont trouvé dans leur malheur intime la source de deux romans qu'on lira heureusement plus longtemps que le Goncourt 2007. L'on y découvrira aussi que, malgré les insinuations venimeuses de Leroy, l'oeuvre de Scott, Tendre est la nuit, est infiniment supérieure à celle de Zelda, Accordez-moi cette valse. Je finirai donc par Montaigne : « Tel a esté miraculeux au monde, auquel sa femme et son valet n'ont rien veu seulement de remercable. Peu d'hommes ont esté admirez par leurs domestiques. » Autrement dit, il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre... ou pour son mauvais épigone.
Après ces mauvaises (auto)biographies d'écrivains sans imagination, quelques conseils pour réjouir la vôtre.
Pour les fans d'Harry Potter, j'y ai fait allusion cet été, il faut absolument vous procurer l'excellent roman de Susanna Clarke, Jonathan Strange & Mr Norrell, qui exploite la veine de la magie et du merveilleux, mais pour les grands !
L'oeuvre parodie joyeusement la stylistique et la méthode de la recherche littéraire pour évoquer l'histoire de la magie anglaise au XIXe siècle. Autrement dit, vous découvrirez, dans ce livre drôle et imaginatif, les secrets de la résistance des Anglais à Napoléon... Mr Norrell est l'unique magicien "pratique" de l'Angleterre. Il vit en reclus et sans divulguer ses pouvoirs, tandis que les magiciens "théoriques", ceux qui sont incapables d'exercer la magie mais qui en sont les historiens, se réunissent en sociétés. Mais voici que Mr. Norrell sort de son silence, non sans baillonner les magiciens théoriques, et commence à goûter aux plaisirs de la célébrité et de la faveur publique. Cela jusqu'à ce qu'un autre magicien pratique, Jonathan Strange, bien moins capricieux et prétentieux, et bien plus jeune et beau, ne surgisse à son tour. L'ouvrage relate leur relation, faite de méfiance, de respect et d'attirance réciproques : les deux hommes ont des personnalités fort différentes et deux conceptions opposées de la magie. L'un veut en préserver le mystère, et l'autre la diffuser. On trouve aussi dans le roman une belle histoire d'amour, du suspense, des énigmes surnaturelles, des aventures palpitantes et enfin des révélations : saviez-vous qu'il faut se méfier des fées ? Celle que rencontre Jonathan Strange n'est ni femme ni bonne. Bref, rien de tel pour oublier la grisaille ! C'est très bien écrit (et traduit), faussement sérieux et désuet, mais vraiment drôle. Un exemple ?
"Les ministres, s'avisa-t-il vite, étaient tout aussi sensibles à la nouveauté de la situation que n'importe quel autre Londonien. Quand le cabinet se réunit à Burlington House, ses membres se déclarèrent extrêmement désireux d'employer l'unique magicien d'Angleterre. Toutefois, ce qu'on devait faire de lui n'était aucunement clair. Il s'était écoulé deux cents ans depuis la dernière fois que le gouvernement anglais avait recouru aux services d'un magicien, et ils avaient un peu perdu la main.
- Mon principal problème, expliqua Lord Castlereagh, c'est de recruter des hommmes pour l'armée, une tâche peu ou prou impossible, je vous l'assure; les Britanniques sont une race particulièrement pacifique. Mais j'ai le Lincolnshire en vue : je me suis laissé dire que les porcs du Lincolnshire sont particulièrement beaux, et qu'en les mangeant la population prend de l'embonpoint et devient très robuste. Maintenant, ce qui m'arrangerait au mieux, ce serait un sort général jeté sur le Lincolnshire de sorte que trois ou quatre mille jeunes hommes soient incontinent remplis d'un désir ardent de devenir soldats pour combattre les Français. - Il posa sur Sir Walter un regard songeur. - Votre ami connaîtrait-il un tel sort, Sir Walter ? Qu'en pensez-vous ?
Sir Walter, n'en sachant rien, promit de consulter Mr Norrell.
Plus tard, le même jour, Sir Walter rendit visite à Mr Norrell et lui posa la question. Mr Norrell buvait du petit-lait. Il ne croyait pas que quiconque lui eût jamais proposé un tel morceau de magie et pria Sir Walter de bien vouloir transmettre ses compliments à Lord Castlereagh pour posséder un cerveau des plus originaux. Quant à savoir si la tâche était possible ou non "la difficulté consiste à limiter l'application du sort au seul Lincolnshire et aux jeunes hommes. Il y a le danger, si nous réussissons, ce dont je me flatte d'être capable, que le Lincolnshire - ainsi que plusieurs des comtés voisins - puisse être entièrement vidé de sa population".
Sir Walter retourna voir Lord Castlereagh et s'opposa à son projet.
[Les ministres ont ensuite l'idée de demander à Mr Norell de ramener à la vie divers illustres Anglais pour lutter contre Napoléon et se disputent pour déterminer lequel serait le plus à même de s'opposer à l'empereur français, de Nelson ou de William Pitt].
Puis d'autres ministres suggérèrent d'autres gentlemen décédés comme candidats à la reviviscence, jusqu'au moment où il apparut que la moitié des caveaux d'Angleterre risquaient d'être vidés de leurs occupants. Très vite ils se retrouvèrent face à une très longue liste et, selon leur habitude entrèrent dans des disputes infinies à son propos. (...) Alors les ministres songèrent que Mr Pitt était mort depuis près de deux ans et que, si dévoués qu'ils eussent été à Pitt de son vivant, ils n'avaient pas très envie de le voir dans son état actuel. Lord Chatham (frère de Mr Pitt) remarqua tristement que ce pauvre William devait certainement s'être déjà bien altéré.
Ce sujet ne fut plus évoqué. (...)
Le capitaine Harcourt-Bruce n'était pas seulement beau, fringant et brave, il était également romantique. La résurgence de la magie en Angleterre le faisait fortement vibrer. Grand lecteur de la plus excitante des histoires, il avait la tête farcie d'anciennes batailles dans lesquelles les Anglais étaient surpassés en nombre par les Français et condamnés à périr, quand tout à coup les accents d'une musique étrange, surnaturelle, retentissaient et que, au faîte d'une colline, apparaissait le roi Corbeau au grand heaume noir, avec son lambrequin de plumes de corbeau flottant au vent. Le roi descendait de la colline au galop sur son grand destrier noir, avec cent chevaliers humains et autant de chevaliers-fées derrière lui, et vainquait les Français grâce à sa magie.
Telle était l'idée que le capitaine Harcourt-Bruce se faisait d'un magicien. Tel était le genre d'exploit qu'il espérait voir se reproduire sur tous les champs de bataille du continent. Alors, quand il rendit visite à Mr Norrell dans son salon de Hanover-square, et après qu'il se fut assis pour regarder son hôte se plaindre avec humeur à son valet de pied, d'abord que la crème de son thé était trop crémeuse, ensuite qu'elle était trop liquide, eh bien, je ne vous surprendrai pas si je vous dis qu'il fut un tantinet déçu. Il était même si découragé par toute l'entreprise que l'amiral Paycocke, un vieux gentleman un peu bourru, le prit en pitié et eut seulement le coeur de se gausser de lui et de le taquiner avec la plus grande modération."
Aussi anglais et aussi délirant, je vous signale la parution du 4ème tome des aventures de la détective littéraire Thursday Next, intitulé Sauvez Hamlet, par Jasper Fforde.
L'on peut reprocher à l'auteur de céder à quelques facilités : l'inventivité est moins grande que dans les deux premiers volets et le roman souffre d'une certaine systématisation des ressorts de l'intrigue. Cependant, c'est toujours un plaisir que de retrouver les personnages attachants de la série, Mamie Next ou les membres de la Jurifiction en tête (mention spéciale à l'empereur Jark), avec quelques petits nouveaux, dont le fils de Thursday, Friday, qui parle en lorem ipsum. On y trouve aussi quelques revenants et toujours des figures littéraires compassées revues et corrigées. Ici, c'est sur Hamlet, le héros de l'indécision, que souffle un vent de modernité. Débarqué dans le monde réel, il s'offre une aventure avec la maîtresse de Nelson, et doit faire face à la rébellion d'Ophélie et de Polonius restés dans la pièce et bien décidés à l'intituler désormais La Tragédie du très spirituel et pas du tout rasoir Polonius, père du noble Laerte, qui venge sa soeur, la belle Ophélie, rendue folle par ce cruel et totalement irrespectueux meurtrier d'Hamlet, prince de Danemark. Par la suite, une OPA hostile menace de transformer Hamlet en une pièce intitulée Les Joyeuses Commères d'Elseneur, née de la fusion de deux pièces de Shakespeare. Autrement dit, comme dans les tomes précédents, Thursday Next a quelques jours pour sauver les livres danois, trouver un clone de Shakespeare pour débrouiller les intrigues et assurer au SuperArceau la victoire de Swindon contre les Tapettes de Reading. Il faut aussi qu'elle rattrape le Minotaure et empêche la mainmise de Yorrick Kaine et de Goliath sur l'Angleterre et le monde. Bref, quelques jours pour sauver le monde et la littérature, comme d'habitude. Vous n'y comprenez rien ? Lisez !
Pour terminer, je vous signale également que le dernier - et en fait le premier- volet du Clan des Otori de Lian Hearn, est paru.
Il relate l'histoire de Shigeru avant sa rencontre avec Takeo, dans un Japon médiéval mythique. La série est inspirée par le taoïsme et ce dernier tome vous donnera immédiatement l'envie, comme dans la spiritualité taoïste, de reparcourir le cercle, de relire tous les volumes précédemment parus.
Une bise à tous ceux qui ont eu le courage de lire ce long post jusqu'au bout, en espérant qu'il sera l'avant-goût d'autres lectures.
03 avril 2008
Kalliope dans le poste
Grand silence sur le blog, mais Kalliope s'est exprimée brièvement en direct sur sa station de radio préférée aujourd'hui. Une première !
Pas avec Nicolas Demorand, non (pas encore), mais, bien maladroitement et pendant au moins 3 minutes !, j'ai dialogué avec Eric Lange, dans Allo la Planète, à la suite d'une petite pique contre les Iraniennes qui m'avait fait réagir la veille.
Des hésitations, des répétitions, des inexactitudes, Nicolas va penser qu'il faut encore que je m'entraîne. En même temps, lui-même s'est fait proprement remettre à sa place par Jean-Louis Borloo ce matin, et il n'a pas eu l'air d'apprécier. Je crains qu'il ne soit pas follement épris de l'humour Borloien...





